Il y a ce qui fait en déterminations/dominations le monde postmoderne dans lequel nous vivons. Il y a d’un autre côté ce qui le conteste.
La constellation postmoderne des déterminations se constitue en une pluralité relativement autonome mais aussi relativement unitaire de formes de domination : le patriarcat toujours bien vivace, le capitalisme (actualisé d’une manière ultime sous sa forme néolibérale mondialisée), l’étatisme (de la droite conservatrice et réactionnaire à la gauche plurielle sociale-démocrate collabo), le règne de la gestion impériale et généralisée des modes et formes de vie (de la famille et de l’école à l’entreprise, de la psychiatrie à la prison, du syndicalisme à l’ordre communautaire démocrate radical et citoyenniste, l’écocide, le nouvel impérialisme guerrier, le racisme, l’hétérosexisme, les médias de masses...)...
La constellation postmoderne de la contestation radicale s’affirme comme généralisation des militantismes particuliers (des diverses formes de l’altermondialisme radical qui ne font que contester le grand capital et les organisations mondiales du capitalisme aux luttes radicales contre les ogm, les déportations, le sexisme, l’hétérosexisme, l’homophobie, le racisme...) ou dans sa frange d’autoorganisation dans les mouvements des autonomies (à travers les mouvements autonomes surtout en Europe et en Amérique latine), autodéterminations (les différentes luttes autonomistes), autogestions et modes de vie particularisés et atomisés (du punk aux néo-hippies, des écologistes radicaux des écovillages aux redskins...). Il existe des modes de radicalité mais disséminés. Il n’existe plus de véritable sujet (au singulier) révolutionnaire conscient de lui-même. D’où la critique incisive de la notion de prolétariat et l’affirmation du concept des multitudes comme forces disséminantes. Il n’existe plus non plus de mouvement (au singulier également) révolutionnaire qui ne serait qu’essentiellement unitaire (qui pourrait donc faire fi des singularités, des différences, de l’hétérogénéité du mouvement, de la complexité...).
Contre cette parcellisation et cette dissémination des luttes et formes de vie se posant comme changements radicaux, il existe un retour de la vieille gauche désuète qui se vit comme marxisme-léninisme, maoïsme, anarcho-communisme de la tradition (de la tradition des Bakounine, Kropotkine, Malatesta, etc.)... Cette impossible vieille gauche voudrait faire fi de la dissémination opérée qui existe comme conditions et déterminations actuelles. Elle s’enfonce dans le programmatisme de la révolution comme affirmation du prolétariat, programme prolétariste unificateur, bref comme volonté de réalisation de la société autogérée du travail et de la consommation, comme le communisme d’antan avec phase de transition étatiste ou non. Elle semble ignorer la donne fondamentale de la disparition d’une culture prolétarienne vraiment généralisée et de la dissémination du prolétariat en couches diversifiées à l’infini ou presque d’individus aux conditions et identités diverses, aux formes de travail diverses (du travailleur autonome au bureaucrate, du technicien au gestionnaire, du salarié plus traditionnel au pigiste, de l’employé de soutien à l’organisateur...) ou de sans emplois (heureux ou malheureux d’être sans emplois, sans emplois d’une manière temporaire ou plus ou moins permanente...). Elle ne fait trop souvent que contester la domination/exploitation du travail et penser son communisme. Elle regrette sa belle époque du prolétariat comme sujet relativement commun et unifié.
Il y a aussi ceux qui contestent la vieille gauche (sous le nom de programmatisme) au seul nom de la lutte révolutionnaire du prolétariat qui viserait sa propre abolition dans le mouvement de destruction du capitalisme et des classes et qui se heurtent ou se heurteront tôt ou tard aux problèmes similaires concernant la disparition du prolétariat comme classe unifiée. Cette classe unifiée que nous nommions prolétariat n’a pas à s’abolir car l’histoire l’a déjà anéantie.
Bref, la dissémination s’impose comme seule condition vraiment généralisée. C’est ainsi qu’une méthode matérialiste historique renouvelée et mise à jour permet de voir notre époque. Un matérialisme historique de la complexité, pluraliste, qui ne centralise pas son analyse autour des seules contradictions socioéconomiques dont des classes sociales vues comme assez mécaniquement antagoniques, un matérialisme historique renouvelé et mis à jour, forcément postmarxiste donc...
Partons donc de cette dissémination pour entrevoir sa possible synthèse théorique et son dépassement révolutionnaire...
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