Ceci pourrait être un éditorial, sauf qu’il n’engage que moi. Il en va ainsi avec Meeting, revue assez singulière pour que le sujet du premier article de son numéro 1 soit l’exposé des motifs qui devraient pousser à ne pas la publier, et projet suffisamment éclectique pour admettre des éditoriaux qui ne reflètent aucune ligne éditoriale.
L’existence de Meeting est liée sur le fond à la problématique qu’elle entend développer. C’est pourquoi sa pertinence, sa forme, son succès ou son échec ne peuvent s’évaluer qu’à la mesure de cette problématique, et du contenu qu’on entend y mettre. Les critiques de François, les doutes de Christian ou les observations de Gilles Dauvé sont motivés par des analyses divergentes sur la question de la communisation et sur la nature de ce qu’on pourrait appeler un « courant communisateur ».
La difficulté de Meeting tient au fait que son propos est d’explorer, si possible sans a priori, les voies de la communisation, alors que les modalités de cette exploration et même son opportunité sont nécessairement fixées par les interprétations qu’on se fait à priori du concept de communisation. Comme ces interprétations sont explicites seulement chez Théorie communiste, certains paraissent en déduire que le propos de la revue n’a de sens que dans une perspective técéiste. Or, ce n’est pas vrai.
Il s’exprime dans Meeting des points de vue sur la communisation qui sont suffisamment en rupture avec celui de TC pour déborder de son cadre conceptuel. Ces différences sont la richesse de Meeting : cela est acquis. Il n’en reste pas moins qu’il faut s’entendre au départ sur un minimum : mais même ce minimum, même seulement la production de la revue et la gestion du site sont déjà source d’approches différentes dues aux divergences de fond.
Le danger est que les participants de Meeting soient d’accord sur l’idée que la revue doit promouvoir un « débat » au sein du « courant communisateur », mais ne s’entendent ni sur le sens de l’expression « courant communisateur », ni même sur celui du mot « débat » : ce qui, au moment du bilan, risque de donner lieu à des discussions sans fin, chacun jugeant la réussite du projet à l’aune de sa définition de celui-ci.
A mon sens, le « débat au sein du courant communisateur » n’est pas limité à la tribune que constituent le revue et son site. Je vois à cela deux raisons : la première, c’est qu’à trop vouloir s’instituer en tant que lieu central de débat, Meeting commettrait une grave erreur. Dauvé le dit, qui explique en gros qu’il est prêt à parler de communisation, mais pas dans Meeting, pour lui trop proche de positions qu’il réfute. Même si je pense que sur ce dernier point il se trompe, il n’empêche qu’il est tout à fait compréhensible que certains préfèrent choisir une voie d’expression qui leur est propre. Meeting ne réussira dans son projet que si la communisation est en débat ailleurs que dans Meeting. Le pire étant que certains, comme le GCI le fait déjà, assimilent le « courant communisateur » à la bande de ceux qui gravitent autour de Meeting. La seconde raison est que la forme du débat ne saurait se limiter aux types d’analyses que l’on peut trouver dans la revue : et moins encore aux messages du forum du site, dont on a souligné à plusieurs reprise la « cacophonie ». Là, c’est le problème de ce qu’on doit entendre par le mot « théorie » qui est en jeu. Par bien des aspects, lors de conversations, de discussions autour de textes ou d’actions, des questions ayant trait à la problématique de la communisation sont abordées, sans que ces discussions laissent nécessairement une trace dans Meeting. En revanche, Meeting peut certainement laisser une trace dans ces discussions, non comme propagande, mais comme explicitation construite de la problématique. Il y aurait donc une grande cécité à croire que les débats sur le forum du site sont le débat sur la communisation, alors qu’ils n’en sont qu’une partie (et, à mon avis, une partie très mineure), et une aussi grande cécité à juger que le débat sur la communisation impulsé par Meeting est cacophonique, alors que c’est seulement le débat sur le forum du site qui est cacophonique.
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