Au cours de cette réponse au texte de Simpson, je commente également le texte de BL : Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?
Toutes les questions que soulève Amer Simpson viennent de ce qu’il commence par poser deux questions et distinguer deux « tendances ».
Les deux questions : « Comment se préparer à mener la révolution ? » ; « Comment saisir les conditions présentes ? ».
Les deux « tendances » : la tendance « autonomiste » ou parfois « immédiatiste » ; la tendance « cours quotidien de la lutte des classes » (c’est moi qui la désigne ainsi, Simpson ne lui donne d’abord aucune appellation puis vers la fin de son texte la désigne comme tendance de la « perspective révolutionnaire », « perspective » s’opposant à « immédiatisme »).
Pour moi, il y a quelque chose qui est de l’ordre de l’évidence : si idéologiquement ou théoriquement on peut dire qu’il y a actuellement, dans le courant communisateur, deux tendances, dans le réel, il n’y a qu’un seul mouvement qui nous autorise à parler de la révolution comme communisation : le cours de la lutte des classes comportant ce que j’ai appelé « l’écart ». Le courant « autonomiste » ou « immédiatiste » est un courant théorique, une certaine conception du rapport entre la situation actuelle et la révolution. En tant que pratiques, il ne constitue pas une autre voie par rapport à ce que Simpson appelle la « perspective révolutionnaire » (le cours de la contradiction comme histoire du mode de production capitaliste - si j’ai bien compris), toutes ses activités sont parties intégrantes de la situation actuelle, non comme les acteurs de ce courant se l’imaginent, en tant que questionnement sur le communisme ou « expérimentation », mais en tant que pratiques dans lesquelles la dynamique de ce cycle s’autonomise (j’y reviendrai) et en tant qu’appartenant avec sa spécificité à ces pratiques qui actuellement définissent un écart à l’intérieur de la limite des luttes : agir en tant que classe.
Mes réponses aux questions de Simpson sont simples :
* « saisir les conditions présentes » c’est « se préparer à mener la révolution » ;
* la « tendance autonomiste » peut dire ce qu’elle veut sur le communisme et le désirer autant qu’elle en est capable, elle n’est qu’un élément, parmi d’autres, spécifique mais ni plus ni moins remarquable, du cours quotidien de la lutte des classes.
Mes deux réponses n’en font qu’une, la réponse à la première est la réponse aux deux. Cela est de l’ordre de l’évidence, mais il faut tout de même argumenter.
Disons tout de suite que pour moi une chose n’est pas claire dans le texte de Simpson. Est-ce que les tendances sont seulement deux tendances théoriques ou idéologiques, deux conceptions de la lutte des classes présentées par des groupes restreints de personnes ? Ou, est-ce que ces deux tendances constituent la réalité empirique de la lutte de classe ? Je considèrerai que pour la première tendance dans la conception qu’elle a d’elle-même, les deux sont identiques, mais il ne peut en être de même pour la seconde. Je considèrerai finalement que l’une et l’autre sont en fait des tendances théoriques au sens restreint du terme (voir plus loin).
Amer Simpson part du principe que la « frange autonomiste » pose la question « comment se préparer à mener la révolution ? » et agit « en sorte qu’elle arrive un jour » » ; cette tendance « exprime la volonté de vivre le communisme ». Ce serait « l’apport du mouvement d’action directe (Mad) tel que décrit par TC ». Ce qui échappe à Simpson, c’est que, dans TC, les choses ne sont malheureusement jamais aussi simples. Cet « apport » n’existe que parce que le Mad est l’autonomisation de la dynamique de ce cycle (sa transformation en opposition de modes de vie) et tous les « apports » qui peuvent être les siens n’existent que marqués de cette autonomisation et n’ont de valeur qu’une fois décryptés. Si « la question de savoir comment se préparer à la révolution se pose en premier lieu à ceux et celles qui la veulent », ce n’est simplement que parce que sortant la dynamique de ce cycle de son cours dans la lutte des classes en tant que cours du mode de production capitaliste (l’autonomisation de la dynamique), leur question n’est que le reflet de la réponse qu’ils ont déjà donnée, elle n’est que la question qu’ils doivent se poser pour comprendre, vis-à-vis d’eux-mêmes, leur existence. Cette « tendance » contient, dit Simpson, « des éléments que le mouvement communiste ne peut ignorer ». C’est tout à fait exact, mais pas pour les raisons qu’en donne Simpson. Pour lui cette importance provient de ce que cette tendance appartiendrait simultanément à plusieurs moments historiques qu’elle synthétiserait en elle. Elle serait bien sûr de notre époque (« d’où on part »), elle serait également du futur puisqu’elle ne s’intéresse à « d’où on part » que parce qu’elle sait « où nous devons arriver », elle appartiendrait aussi à la période intermédiaire (« comment se préparer »). Simpson croit la « tendance autonomiste immédiatiste » sur paroles, il veut seulement qu’elle tiennent un peu plus compte des réalités présentes, il ne voit pas que ses interrogations sur la révolution et le communisme, la forme même qu’elle leur donne et le contenu même de ses réponses tiennent à ce qu’elle ne tient pas compte des réalités présentes autrement que comme un environnement hostile ou favorable. Le Mad n’est pas en attente, et « expérimentant », il s’imagine ainsi. Finalement, tout en cherchant à accélérer le mouvement, donc de façon active, ses acteurs attendent que le mouvement profane de la lutte des classes les rejoigne. D’où le « que faire ? » ou le « comment faire ? », nous y reviendrons.
En prenant cette « tendance » au pied de la lettre, Simpson a séparé la réalité actuelle avec d’un côté des gens qui « posent la question du communisme », « expérimentent » et finalement doivent « trouver un point d’appui » et, de l’autre, les « conditions présentes ». Si cette « tendance » contient, comme le dit Simpson, « des éléments que le mouvement communiste ne peut ignorer » c’est qu’elle est une somme d’activités et de pensées à l’intérieur du présent et ne l’excède d’aucune façon. Le Mad est un élément des « conditions présentes » ce qui revient finalement à lui conférer une importance plus grande que celle qui serait la sienne si l’on se contentait de le prendre au pied de la lettre. Il est une de ces activités qui permettent de définir un écart à l’intérieur du fait d’agir en tant que classe. Sa spécificité est d’avoir autonomisé le moment de la remise en cause, par là n’étant pas simplement embarqué dans le cours de la lutte des classes comme reproduction du mode de production, il est amené à réfléchir sur lui-même, à devenir théorique, à penser son rapport à la reproduction capitaliste sur la base d’un face à face avec elle, d’où son auto-compréhension comme « expérimentation » et sa question « comment se préparer ? ». D’où également sa confrontation inévitable avec ce qui apparaît face à lui et qu’il comprend lui-même comme une autre « tendance » : celle de la « perspective révolutionnaire ». D’où également que dans ce mouvement des éléments de cette « tendance » sont amenés à devenir de plus en plus critiques vis-à-vis d’elle et à s’en détacher. La seconde « tendance », quant à elle, ne ferait que chercher la « perspective » dans les conditions présentes. Elle serait une autre façon de relier « d’où on part » à « où on arrive », elle répondrait non pas par un « immédiatisme » ou une « expérimentation », mais par la nécessité d’un cours historique à accomplir. Mais, cette seconde « tendance » ne répond pas d’une autre façon à la même question que la première. Elle ne cherche pas quel peut être l’entre-deux reliant deux moments de l’histoire déjà connus. Elle cherche comment la situation présente produit autre chose, il ne peut y avoir d’autre « préparation » que le cours de la lutte des classes tel qu’il est et dont la « tendance autonomiste » fait partie. La « tendance autonomiste » croit qu’il y a deux tendances, deux types d’approche du même problème. La tendance « dynamique » ne reconnaît pas la question de la première et la considère comme un élément de la situation présente, c’est-à-dire non comme apportant une réponse mais comme une partie du problème. Accepter la typologie des « deux tendances » c’est accepter la question telle que la pose la « tendance autonomiste » et ne reconnaître qu’il n’y a que les réponses qui diffèrent.
S’il le croit sur paroles, Simpson n’est pas pour autant un apologiste du courant « autonomiste »et c’est là l’intérêt de son texte. « Les expériences autonomistes sont loin de m’avoir convaincu », en effet elles buttent sur « la gestion de nécessités matérielles que la misère ambiante les contraint à résoudre ». Cependant on y trouverait toujours « la volonté d’articuler le quotidien avec les idées, d’en finir avec le monde... etc. ». il est évident que pour Amer Simpson, les thèmes et les pratiques de la « tendance autonomiste » ne sont pas un retravail de ce que ce cycle peut nous dire sur la révolution et le communisme, un retravail effectué au travers des prismes et des miroirs déformants de leur isolement et de leur existence même entérinant l’autonomisation de la dynamique de ce cycle de luttes (la contradiction du prolétariat avec le capital comporte sa propre remise en cause comme classe dans son action de classe). La « tendance autonomiste » fait de la « remise en cause » un moment particulier pouvant exister et être poursuivi pour lui-même. Pour Simpson, les thèmes et les pratique de la tendance sont « bons » mais limités (extérieurement), elle n’a qu’à « se poser la question du point de départ, des conditions présentes » : la question du « point d’appui » (souligné par moi). La « tendance autonomiste » doit savoir qu’il lui faut attendre de concorder avec son temps, c’est seulement en cela que réside pour Simpson la critique de son « immédiatisme ». Les « autonomistes » seraient seulement indifférents aux conditions présentes qui « ne permettent pas de réaliser la moindre initiative communiste à l’intérieur du capitalisme ». Mais le problème n’est pas de ne pas pouvoir réaliser des « initiatives communistes », mais précisément croire en avoir.
Tout le texte de Simpson repose implicitement sur l’existence d’une « tendance » plus ou moins (plutôt plus que moins) en avance sur son temps. Ce que dit Simpson à cette « tendance » c’est qu’elle doit savoir attendre l’arrivée de son « point d’appui » ou, ce qui est tout de même un peu mieux, voir que la lutte des classes ordinaire lui offre parfois ce « point d’appui ». C’est là que le texte de Simpson bascule dans l’objectivisme dans le but de l’éviter. D’un côté, des gens qui savent ce qu’est le communisme, qui sont actifs, qui cherchent par tous les moyens (parfois un peu « immédiatistes ») à le faire advenir, de l’autre : « le prolétariat, tout comme le capital, n’étant jusqu’à ce jour qu’une abstraction qui nous permet de rendre compte de la contradiction dans les termes opposés qui la définissent ne nous en dit pas plus sur la façon de préparer cette révolution qui abolira les conditions présentes. A moins de croire à ces conditions objectives qui feront le job à notre place (...), nous (les "révolutionnaires" nda) avons un rôle à jouer qu’on le souhaite ou non. ». Si nous avons bien lu, le prolétariat, le capital, et à leur suite la contradiction entre le prolétariat et le capital, ne nous disent rien sur la façon de « préparer cette révolution », tout cela n’est que « conditions objectives ». Face à ces « conditions objectives » nous trouvons naturellement « ceux et celles qui agissent de façon à rendre possible cette révolution ». Chez Amer Simpson, l’objectivisme est dans les prémisses. Il est dans les deux questions : « comment se préparer ? » ; « comment saisir les conditions présentes ? ». Des gens « cherchent à se préparer », à partir de là le monde n’est plus l’action elle-même qui prépare (pour employer ce terme), le monde est un environnement que ces gens doivent percevoir de la façon la plus fine pour réaliser leurs fins. Dès que l’on pose un sujet (les « révolutionnaires », les « communistes ») qui se demande « que faire ? », on est dans l’objectivisme. L’activité devient un idéalisme. Mais « « qui éduquent les éducateurs ? ».
Cependant, Simpson, en conservant ses prémisses (les deux questions et la tendance « autonomiste » qui pose la question du communisme - alors qu’elle ne pose que la question à laquelle sa pratique répond), donne la réponse à une question qu’il n’a pas posé.
« Mais voilà, nous savons qu’il existe des initiatives qui crée l’écart nécessaire pour définir les liens entre les conditions présentes et la révolution et ces initiatives sont tout ce que nous savons pour explorer des perspectives communisatrices. Cette exploration ne se veut pas expérimentation dans le sens autonomiste mais bien définition du comment cela va se faire selon ce que nous sommes en moyens de définir à partir des conditions présentes en lien avec la révolution... ». Soupçonneux, j’ai beau lire et relire ces deux phrases, mis à part « l’exploration des perspectives communistes » je signe des deux mains.
Mais, ici, Simpson répond à la question : qu’est-ce que nous faisons ? Question tout à fait différente de « que faire ? » ou « comment faire pour que ce que nous voulons advienne ? ». Oui, tout à fait d’accord, nous avons quelque chose à faire : ce que nous faisons déjà (plus ou moins bien). Analyser, écrire, faire la théorie de l’époque, la rendre publique dans la mesure de nos moyens, la diffuser, organiser des rencontres, des réunions, être dans une lutte lorsque l’occasion directe se présente, rendre nos positions incontournables dans le milieu où l’on discute de révolution et de communisme. Je ne pourrais ici que reprendre tout ce que dit BL sur le sujet dans son texte Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?
* être élément réel des luttes, c’est-à-dire sans les comparer à un archétype de la bonne lutte, sans les insérer dans une quelconque stratégie ;
* attacher la plus grand importance à la caractérisation du cycle de luttes ;
* être partie prenante des luttes, soit personnellement et directement soit par une attention intense et engagée ;
* se sentir intimement investi dans la formation d’un courant pour la communisation ;
* être cuirassé contre les accusations d’attentisme ;
* ne plus décliner la théorie en « grands travaux » et applications comme « slogans » et « revendications ».
* ne pas parler au nom de la classe.
A ce point de mon commentaire de Simpson, malgré mon accord fondamental avec BL je voudrais discuter ici de quelques points de son texte.
BL veut attaquer toute position normative, programmatique, toute propagande, toute attitude de « en tant que », toute vision de la révolution comme suspendue à la diffusion et la reconnaissance préalable de la bonne théorie. Partant de là, il nous prévient même que nous ne devons « avoir aucunement l’idée que des positions communisatrices puissent infléchir de quelque façon que ce soit le cours des luttes actuelles ».Mais au-delà des gens et des attitudes qu’il vise implicitement, est-ce que cette proposition est juste ?
Qu’est-ce actuellement une « position communisatrice » ? S’il s’agit d’une liste de préceptes révolutionnaires sur la révolution comme communisation et le communisme comme moyen même de la lutte révolutionnaire, s’il s’agit d’une forme radicale de : « une seule solution la révolution », BL a parfaitement raison. Mais si les luttes sont théoriciennes cela implique qu’elles sont très bavardes, on y parle de tout et de n’importe quoi mais jamais par hasard ni à tort et à travers. Une position communisatrice, c’est sur la multiplicité des sujets abordés de n’avoir jamais de position normative et surtout, positivement, d’être capable de reconnaître, si cela se produit, le moment où, dans une lutte, une action, une façon de s’organiser ou de ne pas s’organiser, de chercher des alliances, d’abandonner ou d’élargir les revendications originelles, une position vis-à-vis des organismes de luttes existants officiels ou non, une position vis-à-vis de la négociation, des activités « suicidaires » ou de dérisions de l’adversaire et partant de soi-même dans son rapport à lui, créent cet écart dont je parle dans d’autres textes. Nous sommes théoriquement et pratiquement les guetteurs et les promoteurs de cet écart, c’est cela avoir des positions communisatrices et si nous ne les avons pas personne ne les aura à notre place.
Que de telles positions n’infléchissent pas le cours des luttes actuelles est loin d’être une évidence, notre modestie dut-elle en souffrir. Avant de me faire exclure de Meeting ou de TC pour une telle affirmation, je voudrais préciser deux points : « infléchir » et quel est le « nous » auquel je m’adresse et dans lequel je m’inclus.
Les luttes, on l’a dit, sont bavardes pour la même raison qu’elles sont théoriciennes : le prolétariat n’a pas de conscience de soi, sa conscience est la connaissance de son autre, c’est par là une conscience théorique et dit de façon condensée : une théorie. Dans ces bavardages, ces affrontements (il ne peut pas y avoir d’unanimité dans les luttes, c’est définitoire de la situation du prolétariat et de la « conscience » qu’il en a), il ne s’agit pas de défendre un credo, mais nous pouvons nous faire entendre et infléchir. L’écart n’existe pas comme une force sous-jacente qui pourrait ou non venir à la lumière, il n’existe que dans des expressions et des pratiques sinon il n’existe pas, ce n’est pas une potentialité. Tout ne peut pas arriver, mais ce qui arrive doit être fait. L’inflexion c’est une action, une attitude, une prise de position dans les affrontements inhérents à toute lutte, c’est reprendre au vol ce qui, parfois très brièvement, est dans l’humeur du moment, le formaliser, insister...Si ce que nous disons du cycle de luttes actuel est valable alors l’inflexion par des positions communisatrices (telles que définies plus haut) existe.
Quel est le « nous » dont je parle et auquel je m’adresse ? Ce n’est pas le même que celui de BL. L’interlocuteur de BL est le cercle très restreint des plus ou moins initiés à la théorie communiste et ceux que Simpson désigne comme la « tendance autonomiste ». BL a raison dans ce qu’il dit vis-à-vis du « nous » auquel il s’adresse, mais ce « nous » est trop restreint par rapport aux questions mêmes qu’il aborde. Par rapport aux questions abordées, le « nous » qui est ce sujet qui infléchit par ses positions communisatrices (telles que définies) c’est le militant piqueteros qui met en avant la subjectivité, la critique du travail et sape l’auto-organisation, c’est le kabyle qui considère les aarchs comme quelque chose qui lui est étranger et par là même qui se transforme lui-même en se considérant comme étranger à ce qu’il est dans cette société, c’est le « sauvageon » de l’entreprise, c’est l’activiste du mouvement d’action directe, c’est l’ouvrier « suicidaire », c’est le chauffeur de car de Milan ou le métallurgiste de Melfi qui lutte contre le capital sans considérer que ce qu’il est dans la société est la base d’un faire valoir social... Bien sûr, demeure le « nous » restreint qui n’a qu’à bien se tenir et faire attention à ce qu’il se passe.
Pour parler de ce « nous » (restreint), je suis obligé de considérer comme connus la théorie de l’écart et le concept de théorie au sens restreint.
Sur l’écart : il me semble que Simpson utilise le concept en lui conférant un contenu « positif » face à la reproduction des rapports de classes. Je ferai donc un peu de service après-vente.
Qu’est ce que « l’écart » ?
Résumons et disons le de la façon la plus simple possible : agir en tant que classe c’est n’avoir, dans les conditions actuelles (que personne ne me cherche des poux sur l’utilisation ici de « conditions ») comme existence et horizon que le mode de production capitaliste (d’où le démocratisme radical comme expression et activité de formalisation des limites des luttes), c’est simultanément et pour la même raison, dans sa contradiction avec le capital, pour le prolétariat se remettre en cause comme classe (si je suis en contradiction avec le capital et que je n’existe que comme moment de lui, je suis en contradiction avec moi-même). Cette identité n’est pas une confusion elle est le produit de l’affrontement de pratiques, affrontement dans lequel la classe capitaliste de par la subsomption du travail sous le capital l’emporte toujours jusqu’à ce qu’il y ait abolition de la règle du jeu et non victoire du joueur systémiquement dominé. L’identité n’est pas confusion, il y a des pratiques du prolétariat qui créent un écart dans cette identité. La dynamique de ce cycle de luttes n’est pas un principe abstrait, mais l’écart que certaines pratiques actuelles créent à l’intérieur même de ce qui est la limite générale de ce cycle de luttes : agir en tant que classe. Mais il ne s’agit que d’un écart à l’intérieur de la limite (agir en tant que classe), écart qui se crée de par la dualité que contient cette limite ( n’avoir pour horizon que le capital ; être en contradiction avec sa propre reproduction comme classe). Il arrive que la remise en cause soit spécifiquement annoncée, mais non qu’elle existe pour elle-même en tant qu’objet propre.
Agir en tant que classe c’est actuellement d’une part n’avoir pour horizon que le capital et les catégories de sa reproduction, d’autre part, c’est, pour la même raison, être en contradiction avec sa propre reproduction de classe, la remettre en cause. Il s’agit des deux faces de la même action en tant que classe, mais l’action en tant que classe qui ne reconnaît et ne produit l’existence de la classe que dans son rapport au capital, dans des pratiques qui annoncent le dépassement de ce cycle de luttes, n’est pas renvoyée à elle-même comme limite sui generis, elle l’est par la reproduction du rapport capitaliste qui est l’activité de la classe adverse (qu’elle implique). C’est cela l’écart (c’est la raison d’être du « courant communisateur »). Pour moi, l’écart se situe à l’intérieur de la limite de ce cycle de luttes, limite qui est le fait même d’agir en tant que classe, il ne s’oppose pas à la limite comme le positif au négatif, il est un mouvement interne de la limite et ce n’est qu’en cela que la limite définit la dynamique de ce cycle. La dynamique (la remise en cause) n’est pas première. Ce point est essentiel, sans cela nous tomberions dans une téléologie du communisme et nous envisagerions la lutte des classes et le cours du cycle de luttes comme une mauvais moment à passer, ce qui semble être le cas dans la texte de Simpson lorsqu’il envisage le rapport de la tendance « autonomiste » au cours quotidien des luttes.
Il n’empêche qu’imbriquée dans le cours des luttes quotidiennes et ne pouvant exister que dans cette imbrication, La liaison des luttes actuelles à la révolution n’est plus seulement une « abstraction théorique ». Nous rejoignons ici la théorie dans son sens restreint.
D’abord, qu’est-ce que la théorie dans son sens global ?
La pratique du prolétariat est toujours une pratique consciente, mais pratique consciente d’une classe qui n’est jamais confirmée dans la reproduction d’ensemble de la société, cette pratique consciente n’acquiert jamais la caractéristique d’un destin (c’est-à-dire du mouvement autoprésupposé de la totalité : la production est reproduction), elle se rapporte toujours à elle-même par la médiation du capital, elle ne se prend jamais elle-même directement pour objet, ce retour médié sur soi qui ne peut jamais être une conscience de soi immédiate (c’est pour ça que les luttes sont si bavardes) c’est la théorie dans son sens le plus large, consubstantielle à l’activité même du prolétariat dans la lutte des classes. C’est une différence fondamentale avec la conscience de la classe capitaliste. La classe capitaliste aussi ne se connaît elle-même (et ses pratiques) que dans son rapport à la classe qu’elle a en face d’elle et dont elle peut même reconnaître l’existence en tant que classe ; elle peut même accepter le caractère inconciliable des intérêts de cette classe par rapport aux siens propres. La grande différence c’est que dans l’activité de la classe capitaliste le capital subsume le prolétariat, en cela la propre connaissance de son activité particulière devient la connaissance de la totalité. Le capital se présuppose lui-même, la médiation est dépassée (engloutie). On peut alors, pour la classe capitaliste, parler simplement de conscience, c’est-à-dire de connaissance de soi-même et de l’activité qui définit cet être, parce qu’elle devient un simple rapport de cet être à lui-même. Cela est radicalement impossible du côté du prolétariat, c’est pour cela que nous parlons de conscience théoricienne ou théorique et pour éviter toute ambiguïté, nous dirons que le rapport à soi du prolétariat n’est pas conscience mais théorie en ce qu’il passe par ce qui n’est pas lui et ne peut dépassser la médiation (contrairement à la classe capitaliste).
Qu’est-ce la théorie dans son sens restreint ?
C’est ce que l’on entend habituellement par théorie. Elle n’est pas la simple formalisation de l’existence théorique de la lutte de classe. Dans ce sens restreint, la théorie n’est pas un instrument d’enregistrement passif. C’est d’abord un travail particulier de formalisation intellectuelle plus ou moins systématique s’appuyant sur un corpus déjà existant, le retravaillant pour produire de nouvelles connaissances ; travail difficile et qui ne va pas de soi. En matérialistes scrupuleux, ceux qui s’y livrent ont souvent tendance à prendre cette chose comme non significative, ils aboutissent alors à idéaliser (au sens habituel et au sens philosophique) la réalité dans la confusion du « concret de pensée » et des existences. Nous dirons donc que la théorie (dans ce sens là) n’est pas la simple expression formelle de cette détermination théorique consubstantielle à l’existence et à la pratique du prolétariat.
Si, dans ce sens restreint ou formel, la théorie pose problème ce n’est, bien sûr, pas sans rapport avec le sens général. C’est le même mouvement par lequel existe comme théorique l’existence et la pratique du prolétariat dans sa contradiction avec le capital qui est mouvement de reproduction du mode de production capitaliste et se résout dans cette reproduction (qui est aussi reproduction du prolétariat). Ainsi la détermination, nécessairement théorique de l’existence et de la pratique du prolétariat, ne peut se confondre avec le simple mouvement de la contradiction-reproduction de la classe dans sa relation avec le capital qui constamment nie cette détermination (la fait disparaître). Par rapport à ce mouvement, elle s’abstrait en formalisation intellectuelle théorique qui entretient un rapport critique avec cette reproduction. La détermination théorique de l’existence et de la pratique du prolétariat parce qu’elle est effective mais se résout dans la reproduction du capital, se précipite (cristallise) en une abstraction critique par rapport à elle-même. Abstraite et critique par rapport à l’immédiateté des luttes, c’est là sa relative autonomie. Aucune théorie se contente de dire « voilà ce qui arrive « , « ça parle ». La théorie transforme, elle retravaille ce qu’elle condense, elle a ses propres critères (l’abstraction et la critique). La condensation théorique est un changement d’état.
Dans le mode de production capitaliste l’implication réciproque est subsomption (reproduction), par là ce que nous produisons comme théorie dans son sens restreint est bien une formalisation de l’expérience actuelle des prolétaires, mais elle est loin d’être la conscience immédiate massive de cette expérience, elle est abstraction et critique de cette expérience. Cela ne tient pas à une scientificité mais au mouvement complet de la contradiction entre le prolétariat et le capital. L’expérience nous donne immédiatement et massivement qu’une conscience de l’antagonisme (de l’opposition simple et symétrique dans l’implication réciproque)etseulement médiatement une conscience de la contradiction (c’est-à-dire, à partir de la subsomption elle-même, de l’unité asymétrique et, dans cette unité, parce qu’asymétrique, le procès de son dépassement). La théorie est cette conscience qui n’est pas la conscience immédiate de l’expérience, même si elle y est immergée.
A ce titre, la théorie dans son sens restreint fait tout autant partie de la lutte de classe que n’importe laquelle des activités qui la constituent. La théorie dans son sens général et dans son sens restreint sont des productions constantes au cours de la lutte de classe, elles sont nécessairement liées, elles peuvent tout aussi bien être leur constant passage de l’une en l’autre que s’affronter. Dans son sens restreint, elle ne préexiste jamais comme constituée, ni comme projet, elle se remet en chantier dans la lutte de classe et plus empiriquement dans les luttes immédiates parce qu’elles la remettent en chantier, elle est contredite, elle reprend la contradiction, elle fixe des objectifs, des limites parce qu’elle est produite à ce moment comme objectifs, elle est compréhension et anticipation mais ne se fixe jamais comme compréhension achevée ni comme anticipation à réaliser. En un mot, elle est active, vivante parce qu’elle sait que la condensation n’est pas un reflet, une expression immédiate de l’expérience. Elle ne se place jamais du point de vue d’un but à atteindre pour lequel il faudrait mettre des moyens en oeuvre. Le but c’est ce que produit le mouvement, le communisme c’est ce que produit la lutte des classes et à partir de là je ne suis pas un précurseur du but, toujours un peu orphelin de celui-ci, mais seulement impliqué dans le mouvement, impliqué théoriquement ce qui n’est ni attentisme ni extériorité.
Se poser la question du « rôle » de la théorie c’est admettre que ce sur quoi, ou même dans quoi, elle a un rôle à jouer existe sans elle. C’est admettre la lutte de classe sans théorie ce qui est une contradiction dans les termes, ce qui n’a jamais existé et n’existera jamais.
Tout le monde aura deviné que pour parler de ce « nous » désignant les gens s’occupant de théorie, se posant dès maintenant la question de la révolution et du communisme, je vais croiser la théorie de l’écart et le concept de théorie au sens restreint. C’est sur cette base que je peux reprendre les critiques que je faisais du texte de BL. BL renvoie au futur de la révolution « l’emparement » de la théorie par la « lutte de classe pratique ». Cette position s’inscrit dans une histoire qui n’est pas stricto sensu celle du programmatisme mais qui lui est liée comme expression interne de ses impasses dans l’Ultra-Gauche ou l’IS et que l’on trouve déjà exprimée chez Marx de la façon suivante : « La théorie n’est jamais réalisée dans un peuple que dans la mesure où elle est la réalisation des besoins de ce peuple (...) Il ne suffit pas que la pensée recherche la réalisation, il faut encore que la réalité recherche la pensée. » (Contribution à la critique de la philosophie du droit).
C’est un petit retour sur l’IS qui sera le plus éclairant pour saisir les contradictions de BL. « Nous avons dit les idées qui étaient forcément déjà dans ces têtes prolétariennes, et en les disant nous avons contribué à rendre actives de telles idées, ainsi qu’à rendre la critique en actes plus théoricienne, et décidée à faire du temps son temps. » (Debord et Sanguinetti, La véritable scission..., p. 14). Il ne s’agit plus alors de mesurer la production théorique à l’aune de son influence : « L’autonomie prolétarienne ne peut être influencée que par son temps, sa propre théorie, et son action propre. » (ibid, p.100). Cette conception demeure, enfermée dans une problématique programmatique. La théorie existe et la lutte de classe vient à sa rencontre. La lutte de classe n’est pas elle-même conçue comme productrice, la théorie existe déjà. « Contrairement aux vieux micro-partis qui ne cessent d’aller chercher les ouvriers, dans le but heureusement devenu illusoire d’en disposer, nous attendrons que les ouvriers soient amenés par leur propre lutte réelle à venir jusqu’à nous (souligné par moi) ; et alors nous nous placerons à leur disposition. » (IS 11, p. 64). Toute cette conception de la théorie, comme corps constitué et préexistant, est à l’oeuvre chaque fois que l’IS envisage sa production théorique comme le fait de rendre conscientes les tendances inconscientes des luttes : « le mouvement des occupations » (IS 12, p 19), l’émeute de Watts (IS 10). La pratique rechercherait une vérité que la théorie détiendrait et c’est pour cela que cette pratique viendra à sa rencontre.
BL sait que c’est la théorie qui est elle-même le produit des conflits de ce monde, que ces conflits ne recherchent pas leur vérité, ils en sont le vrai mouvement théorique producteur. La pratique ne recherche pas sa vérité dans une théorie préexistante ou même se faisant à partir d’elle. BL sait tout cela et il le dit, mais en renvoyant la rencontre au futur, BL se contredit. D’un côté, la théorie ne se constitue que dans le cours de la lutte des classes dans sa réalité la plus immédiate ; d’un autre côté elle est un ensemble de vérités constitué puisque le prolétariat va s’en emparer. Le temps est chargé d’effectuer la synthèse : les luttes se dirigent d’elles-mêmes, nécessairement vers leur théorie, c’est-à-dire la théorie déjà constituée qu’elles « recherchent » et dont elles « s’emparent » parce qu’elles l’ont produite.
C’est au présent que nous devons penser la relation des luttes de classe et de la théorie au sens restreint. Je ne vais pas proposer un nouveau programme d’actions retentissantes, ni d’aller distribuer des tracts à la porte des usines, ni de nous mettre en communauté. Comme je le disais précédemment, s’il ne s’agit que de faire ce que, plus ou moins, nous faisons déjà, il s’agit de comprendre que cela signifie deux choses : la question de la diffusion de la théorie communiste se pose (pas au sens de propagande, ce que critique très justement BL sans voir que par là il gomme une partie de la question) ; les positions communistes peuvent infléchir le cours des luttes actuelles (si elles ne le pouvaient pas, elles n’existeraient pas). Ces deux points sont foncièrement identiques.
« La question de la diffusion de la théorie communiste ne se pose pas » dit BL. Fondamentalement BL a raison et ses arguments sont catégoriques : « la théorie n’est plus le grand arrière de la propagande et de l’agitation » ; « la théorie n’est plus programme ». « Le caractère théoriciens des luttes pratiques, rejoindra le caractère dissolvant de la lutte théorique (...), les luttes s’empareront des moyens théoriques », en conséquence « la théorie aura la faculté de se répandre par la force de sa justesse ». Plus loin, BL écrit : « Il est possible et même probable que dans la formation de la situation révolutionnaire, les élaborations théoriques soient ré-exprimées (il vaut mieux..., nda) dans les termes de la transformation des luttes, cette nouvelle expression serait une première phase de l’emparement du discours théorique par la pratique ». Tout cela est parfait pour le futur dont nous parle BL, mais cela suppose que jusque là nous avons deux mondes parallèles : celui des luttes « pratiques », celui de la lutte théorique. Ces deux mondes se rencontrant à l’infini de la « situation révolutionnaire ». Mais, jusque là, à mon avis, la question de « la diffusion de la théorie communiste » se pose. Et d’une certaine façon, BL la pose sous le thème de la « présence en communiste dans les luttes » qui est un décalque de « présence en théoricien », l’une et l’autre formule s’opposant à « en tant que ». Mais il la pose en sens unique. « Etre en théoricien » dans les luttes, pour simplifier, c’est se laisser enseigner par elles non comme une matière brute mais en ayant la capacité de les comprendre comme théoriciennes, c’est-à-dire en ayant les données a priori de « l’entendement théorique » (pour parodier un philosophe). En conséquence « être en théoricien », c’est aussi y être (un peu) « en tant que théoricien ». S’opposer à toute attitude normative c’est avoir des idées sur la liaison entre les luttes actuelles et la révolution, ce n’est pas être un bloc de cire vierge. C’est avoir la capacité d’être surpris par le nouveau, mais aussi de voir qu’il y a du nouveau. Cette capacité c’est le précipité de toutes les luttes antérieures, de la lutte des classes en général et de l’histoire du mode de production capitaliste, un précipité systématisé, une construction intellectuelle, un concret de pensée, une théorie de la lutte des classes.
BL parle « d’efficience » de la théorie qui en fait un élément réel (et vice versa), mais cette « efficience » se confondrait avec sa propre énonciation, elle serait « efficiente » du fait même qu’elle est énoncée. Ce qui n’empêche BL de faire la « petite liste » (résumée plus haut) des « conditions » pour que « l’articulation luttes actuelles / révolution puisse être autre chose qu’une pétition de principe ». Bien sûr cette articulation n’est jamais et ne peut pas être une application de la théorie, mais il est remarquable que BL pour expliciter cette « articulation » ne se livre pas à une analyse de la lutte des classes dans la période actuelle, ce que logiquement on attendrait à partir de ses prémisses, mais donne une liste de ce que les « communistes » peuvent plus ou moins faire. On ne soupçonnera pas BL de penser que l’articulation n’est pas une pétition de principe qu’à la condition que « nous » en soyons partie prenante, il n’en demeure pas moins que même si la théorie est un élément réel de par sa seule énonciation, les choses vont encore mieux en les poussant un peu. La théorie ne peut d’un côté être un « élément réel » et, de l’autre, ne pas en être un.
Prenons au sérieux deux choses : les luttes sont théoriciennes, productives de théorie ; la théorie au sens restreint ne se confond pas avec une simple expression (une photographie) de la lutte des classes, elle en est une abstraction et une critique. Ce que nous devons parvenir à penser c’est que comme abstraction et comme critique, la théorie au sens restreint est incluse dans la définition générale (globale) de la théorie. C’est cette inclusion, toujours présente, qui est fort problématique, c’est dans ce rapport que nous sommes à même de fonder nos interventions parce que nos positions communistes ne sont pas des positions sur l’avenir (le futur) mais des positions actuelles (l’écart). Le rapport entre la théorie au sens restreint et au sens général est précisément celui de l’écart, la théorie au sens restreint est elle-même une pratique de l’écart. Le guet et la promotion de ces pratiques qui constituent l’écart ne sont ni avant-garde, ni complaisance. Bien sûr, il s’agit avant tout de « faire exister théoriquement le dépassement communiste de la manière la plus claire possible » (BL). Mais le faire exister théoriquement de la manière la plus claire possible ce n’est pas énoncer un nouveau programme à réaliser, ce à quoi inévitablement en reviendrait une conception et une pratique qui ne voient la relation entre la théorie au sens restreint et les luttes que comme « jonction » et de plus jonction « future ». La théorie au sens restreint est incluse dans le caractère théorique global de la lutte de classe actuelle, cette inclusion, je l’ai montré n’est pas une confusion, elle peut même se trouver en opposition frontale avec le caractère dominant de telle ou telle lutte, mais cela n’empêche que nous avons intérêt de ne rien oublier de ce que nous savons par ailleurs et même de s’en souvenir clairement, si nous voulons que ce « ce que nous savons par ailleurs » soit de la théorie, c’est-à-dire quelque chose de vivant parce que repris et travaillé par le nouveau (ressuscité même). La théorie dans son sens restreint s’inscrit dans les luttes actuelles dans le moment où, intriquées dans l’action en tant que classe, des activités annoncent la remise en cause de la classe dans la lutte contre le capital et se heurtent au fait d’agir en tant que classe comme une limite, quelle que soit la forme qu’elle prend : organisationnelle, prises de positions politiques ou autres. C’est cela maintenant des positions communistes au présent, et c’est ainsi que cet « emparement futur » dont parle BL n’est pas un miracle ou une simple affirmation par définition (puisque c’est la révolution, donc..., etc.). Si nous n’avions pas des positions communistes à défendre au présent, nous n’en aurions aucune dont les luttes seraient susceptibles de s’emparer dans le futur.
Si nous avons des positions communistes à défendre au présent, alors la question de la diffusion se pose comme conflit à l’intérieur de l’activité de la classe. Feuerbach dit quelque part que le fou fait n’importe quoi n’importe où et Lino Ventura dans les Tontons flingueurs que le fou est capable de tout, c’est même à cela qu’on le reconnaît. Evitons donc d’être fous, pour le reste c’est affaire d’analyses et de flair.
Pour terminer, nous pouvons maintenant revenir à Simpson là où nous l’avons laissé. Il croit avoir répondu à sa question d’origine mais il vient de répondre à une question qu’il n’avait pas posée : « qu’est-ce que nous faisons ? » ou « comment cela va se faire ? ». C’est à cette question dont je viens d’essayer de mettre à plat les fondements et les conditions d’énonciation que j’ai tenté, par là, d’apporter une réponse.
La problématique générale de son texte (les deux questions et les deux tendances) empêche Simpson de voir qu’il a changé de question et que, ce faisant, plus ou moins résolu son problème. En effet, dans les deux derniers paragraphes, Simpson conserve sa problématique mais ne revient pas exactement à son point de départ. La tendance « perspective révolutionnaire », celle qui suit le cours de la contradiction entre prolétariat et capital en tant qu’histoire du mode de production capitaliste, s’est enrichie en cours de route des « écarts » ; la tendance « autonomiste » (également appelée « immédiatiste »), quant à elle, se trouve engluée, à son corps défendant, dans des situations revendicatives (les « centres sociaux », les « sans »). Finalement les « revendicatifs » se trouvent un peu « révolutionnarisés » et les « révolutionnaires » un peu « revendicatisés ». Donc chacun a besoin de l’autre : « ...immédiatisme et perspective révolutionnaire cherchent leur point de rencontre et se questionnent l’un l’autre. ». A un niveau supérieur, les deux erreurs de départ ont été reproduites.
Premièrement, Simpson conserve deux tendances et croit sur paroles ce que la tendance « autonomiste » dit d’elle-même, alors qu’elle n’est qu’un cas particulier du cours quotidien de la lutte des classes.
Deuxièmement (qui découle du premier, à moins que cela ne soit l’inverse), les conditions présentes ne seraient rien de plus qu’un environnement dont la tendance « autonomiste » doit tenir compte (c’est l’ajout critique de Simpson vis-à-vis d’elle) et dans lesquelles elle se doit de trouver un « point d’appui » (c’est sa solution). Mis à part le paragraphe que je signalais, auquel je souscris et dans lequel Simpson paraissait changer de question, les conditions présentes ne sont qu’une somme de disparition : classe comme abstraction, une classe sans identité, destruction de la classe ouvrière, etc. Si l’on ne saisit pas positivement les phénomènes qui ne sont ici que des disparitions, il est évident que la « frange qui veut mener à bien la révolution » ne peut que se demander « que faire ? » et a tout intérêt à trouver les bonnes réponses.
En conclusion : la structure même de la question « Que faire ? » est reproduite : des gens se posant la question de la révolution en tenant compte de leur environnement. Toujours l’idée d’une avance sur son temps et donc d’un hiatus à combler. Le point de départ a été conservé : « Loin de moi, ici, de prétendre que la révolution se fait essentiellement par ceux et celles qui la veulent et prétendent la faire ici et maintenant, mais force objective est de constater que la frange dite révolutionnaire de la population est celle qui peut et veut la saisir adéquatement pour la mener à bien et qui agit en sorte qu’elle arrive un jour... ».
Ce n’était pas dans les réponses que résidait l’erreur mais dans la question.
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