Dont acte.
Il se peut que j’ai actuellement tendance à focaliser sur certains aspects formels des problèmes rencontrés, et d’y projeter des problèmes de fond, tels que ceux qu’aborde C. Charrier, de La Matérielle. Je suis quand même rassuré par la confirmation d’un "changement d’avis", parce qu’à un moment je me suis demandé si je ne faisais pas un procès d’intention.
Je rends acte également que les positions de TC sont le produit de débats, dont ceux de Meeting, et que cette écoute est une de ses qualités. Il n’en demeure pas moins, ce qui est normal pour toute théorie qui se respecte, que ces positions, dans TC, se font dans certaines limites, et avec le choix de certaines thématiques privilégiées. Il est moins normal que cela pèse sur Meeting, précisément du fait qu’il ne peut pas y avoir en matière théorique de consensus, et que la fonction première de Meeting n’est pas consensuelle, ni strictement théorique, mais de veille sur la diversité de tout ce qui s’incrit dans la perpective communisatrice. Voilà qui ne conduit pas aux mêmes choix. Même si les absents ont tort, leur absence ne signe pas leur inexistence : le tort ne tue pas encore.
En disant "consensuel", je ne mettais pas en question la méthode, pour ne pas dire d’un mot fâcheur sa "démocratie". J’utilisais "consensuel" au sens péjoratif d’accord de circonstances pour des intérêts non pas communs, mais dissymétriques et complémentaires : pour TC, le prolongement de l’abstraction théorique de TC par une confrontation avec d’autres qui ont une vision plus active, plus pratique, de "ce que l’on fait dans les luttes" ; pour ceux-ci être dotés dans ce qu’ils font d’un corpus théorique solide. Il ne s’agit pas d’un procès, je ne souhaite blesser personne, et d’ailleurs, je ne suis ni le seul ni le premier à l’avoir constaté. La différence est que d’autres le savaient avant même la création de Meeting, et pour cette raison là entre autres, n’en ont pas été ou s’en sont écartés ; alors que moi, j’ai mis les pieds dedans sans y comprendre goutte, qu’il m’a fallu quelque six mois pour commencer à saisir ce type d’enjeux. Ceux-ci n’en seraient pas, dans la perspective de la communisation, s’ils n’étaient que formels. Le problème est bel et bien qu’ils puissent être des enjeux de fond.
Dans le choix des thématiques de Meeting, ou dans le fait que cela traverse « TOUS les débats », il convient donc de prendre en compte cette genèse et le fait qu’elle produit naturellement d’abord le débat sur l’auto-organisation et l’autonomie du prolétariat, qui n’est pas exhaustif de toutes questions relatives à la communisation. Ceux qui connaissent « tout ce qui gravite de près ou de loin autour du courant communisateur » ont bien de la chance, je suis beaucoup plus mal informé. J’attire quand même l’attention sur le fait que pris en ce sens, cela ressemble davantage à aire de la communisation, et même à ceux qui ont conscience d’en être, qu’à l’écart qui ressort de l’analyse théorique de luttes dont les protagonistes ignorent tout de cette labellisation. On peut en déduire que cela prouve le rapprochement « des approches formalisées »... On peut aussi penser que ceci provoque cela, depuis la création de Meeting et dans une belle logique "interne" partagée par ceux qui le font.
En remettant en cause l’Invite de Meeting, je me place dans une position délicate, parce qu’on serait en droit de me dire "si tu n’es pas d’accord sur la base commune, tu n’as pas ta place ici", et même si on ne me le dit pas, je suis confronté à ma responsabilité d’intervenir hors du champ défini, et par conséquent contre sa définition ; je deviens un empêcheur de meetinger en rond, ce qui n’a rien de confortable ni sans doute de très productif pour tous, sauf à être plus précis sur le plan théorique, et ainsi de suite... Je dis "je", mais ce "je" veut croire qu’il n’est pas le seul, sinon ça n’aurait aucun intérêt.
Que certains ne se soient pas associés au départ ; que Charrier soit en marge avec des problématiques théoriques absentes de Meeting ; qu’il n’y ait pas de participations nouvelles alors que quelques intéressés regardent derrière la vitre ; que, pour aléatoires que soient mes productions et ma capacité d’approfondir certaines pistes (car je ne me reconnais franchement pas de capacité d’élaboration théoricienne), je sois dans cette position dedans-dehors... Je crois que tout cela fait sens, comme on dit chez les psys. Sens de quoi ? Sens que non, Meeting, malgré ses mérites à commencer par celui d’exister, n’est pas « en position d’impulser le débat », mais seulement une partie du débat sur la communisation. C’est une alerte relativement à ce qui pourrait être une tentation auto-référentielle, voire auto-centrée. On peut toujours considérer que ces absents ne sont qu’individus isolés, mais vu les circonstances et la faiblesse du nombre d’associés, il faut sans doute considérer que ce n’est que la partie (non) visible, non d’un iceberg d’eaux glacées, mais d’un ensemble de personnes qui pourraient réchauffer l’atmosphère, en attendant de la porter au rouge.
En conséquence, je plaiderais pour un inventaire plus large des problématiques liées à la communisation, et je dirais même avec un principe de précaution théorique, se réserver la possibilité de tenir, sans souci consensuel, toutes les hypothèses en présence dans la perspective communisatrice. Je retiens et me reconnais dans le terme en son sens minimal de "révolution communiste sans transition", parce qu’il me semble définir le champ large de ceux qui s’inscrivent contre l’idée que "le démocratisme radical" pourraient ouvrir à terme une perspective communiste. Le concept de "démocratisme radical" serait à interroger par ailleurs, entre ce qu’il signifie pour TC et ce que d’autres y mettent ou mettent à la place, dans la mesure où ils ne formalisent pas cette idéologie avec autant de précision, de tenants et d’aboutissants, que TC. De ce point de vue, la critique pratique de cette idéologie me semble incontournable, dès lors qu’on souhaite intervenir dans l’écart, ou l’aire de la communisation... bref, intervenir pas seulement de façon abstraite, mais pour que la théorie s’empare concrètement des luttes et de la réalité présente dans sa dimension politique aussi. Le texte de BL sur le référundum relevait d’un tel souci, et c’était d’ailleurs son intérêt, par le biais et le prétexte de la critique d’un groupe communiste dont le nom m’échappe, critique qui en elle-même m’aurait semblé sinon sans grand enjeu.
Parmi les questions à mettre au débat, il y a pour moi les articulations entre d’une part les contradictions du capital en tant qu’il subordonne réellement toute la société et au-delà son éco-système, et d’autre part la contradiction essentielle de l’exploitation, particulièrement telle qu’elle ressort du corpus de TC, avec la façon dont y ont été théorisées ces articulations au fil de l’histoire de "la rupture dans la théorie". A mon avis cette question est capitale car elle peut être déterminante dans la conception qu’on construit en théorie de la production du communisme, et par suite de la définition de l’écart, ou des écarts, et de leurs articulations avec celui conceptualisé par TC. Cela engage les tâches théoriques et pratiques (auto-organisées s’il se doit :) que l’on s’assigne. Cela dégagerait de l’air pour faire respirer autrement la revue et le site. Je sais que la pente est glissante et que certains la savonnent, notamment concernant la théorie de l’Etat, mais je crois qu’il y a là matière à refonder la démarche initiale de Meeting, et à ouvrir le champ des possibles dans "le courant communisateur". Il ne s’agit pas de chercher un nouveau syncrétisme, parce que ce serait programmer le ratage, mais une nouvelle cohérence qui sorte de ses gonds.
Recherche de cohérence n’est pas consensus a priori, plus petit dénominateur commun, mais horizon d’une diversité de problématiques explicites. Il n’est d’ailleurs pas dit que le syncrétisme ne nous menace pas tous en général, et Meeting en particulier, y compris de façon étroite : il suffit d’être deux pour danser le tango.
Amical’ à tous, 25 janvier
Le dernier état de mes réflexions est là, je ne sais pas si ni comment j’irai plus loin sans aller trop loin : Pour le communisme, ceci pourrait être un voeu de bonne santé.