Revue Internationale pour la Communisation
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Réunion publique - Marseille

Réunion publique - Marseille

Texte de l’annonce

samedi 15 octobre 2005


« 
MEETING rencontre ses lecteurs » Jeudi 10 novembre à 19h00 Librairie PAÏDOS, 54 Cours Julien Marseille


Meeting se veut, dans un premier temps, un reflet actif de l’activité théorique et éditoriale consacrée à la révolution communiste.

Un courant communisateur existe au travers d’expressions théoriques diversifiées et de certaines pratiques dans les luttes actuelles. Ce courant est le fait d’un certain nombre d’individus ou de groupes partageant aujourd’hui (chacun à leur façon), tant théoriquement que pratiquement :

  • la constatation que toute organisation de classe permanente, préalable aux luttes ou persistant au-delà, est aujourd’hui confrontée à son échec.
  • la conviction que la seule perspective révolutionnaire actuelle est celle de la destruction du capitalisme et indissociablement de toutes les classes,
  • la certitude que la lutte de classes entre le prolétariat et la classe capitaliste est partout dans le monde l’unique dynamique de cette destruction,
  • la critique de toute perspective révolutionnaire incluant une période de transition vers le communisme,
    la conviction que la destruction du capitalisme n’ouvre pas la voie au communisme mais ne peut qu’être immédiatement la communisation de tous les rapports entre les individus.

La communisation n’est pas un programme qu’il faudrait appliquer, ni même quelque chose que l’on pourrait d’ores et déjà définir comme un but à atteindre, mais les voies qui y conduisent sont à explorer et cette exploration se doit d’être internationale. La diversité et les oppositions internes, pour ne pas dire les conflits, au sein de ce courant communisateur sont définitoires de son existence et elles doivent être reconnues.

A l’occasion de son N°2, Meeting invite ainsi celles et ceux qui croisent ces questions à une rencontre.

24 Messages de forum

  • > Démocratisme radical sans racine 20 octobre 2005 01:23, par Patlotch

    On ne peut ici intervenir qu’en "réponse" (c’est la posture imposée à celui qui ne peut qu’intervenir face à, relativement à, pour alimenter ou contrer une position obligée par une invite profondément démocratiste, cad consensuelle, et donc a-critique) : Meeting comme spectacle de la communisation ?

    Cela se traduit les modalités technique d’un "forum "où l’on ne peut rien dire sans l’inscrire dans le fil de ce qui est posé comme valable : une intervention écrite pour une revue conidentielle. Du point de vue de la communication par internet, c’est, pour ne pas dire une provocation, un suicide : d’où ce que le forum est muet, sans besoin (un privilège) d’être censuré.

    Question pour un champion : le concept de "démocratisme radical", dans sa pertinence critique (plus fort qu’anti-citoyennisme), n’en mélange pas moins les genres, dans la mesure où il prend "radical’ au sens commun, non au sens ’marxien’, y compris de jeunesse humaniste :

    Il est évident que l’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes ; la force matérielle ne peut être abattue que par la force matérielle ; mais la théorie se change, elle aussi, en force matérielle, dés qu’elle pénètre les masses. La théorie est capable de pénétrer les masses dès qu’elle procède par des démonstrations ad hominem, et elle fait des démonstrations ad hominem dès qu’elle devient radicale. Etre radical, c’est prendre les choses par la racine. Or, pour l’homme, la racine, c’est l’homme lui-même." [je souligne] Marx, Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel, 1843

    Car il est évident que le so called "démocratisme radical" se caractérise pas le fait qu’il ne prend pas les choses à la racine, pour autant que celle du capital soit l’exploitation come (with me) contradiction essentielle.

    Autrement dit, dans la logique du label "démocratisme radical", "radical" ne pourrait être en toute rigeur marxienne qu’ironique.

    En prime, actualité du démocratisme radical :

    Communiqué de la Ligue communiste révolutionnaire et du Parti communiste français

    Des délégations de la Ligue communiste révolutionnaire (Olivier Besancenot, Christian Picquet, François Sabado, Galia Trépère) et du Parti communiste français (Marie-George Buffet, Olivier Dartigolles, Brigitte Dionnet, Jean-François Gau) se sont rencontrées le 17 octobre à Paris.

    Les deux délégations sont convenues de la nécessité impérative de contribuer à toutes les mobilisations pour mettre en échec l’offensive de destruction sociale, de casse des services publics, de violence que déploient le gouvernement et le Medef. Elles ont, dans ce cadre, commencé à discuter de grandes initiatives communes ou unitaires en direction des entreprises.

    À cet égard, le PCF et la LCR se sont accordés sur l’importance de la pérennisation du rassemblement unitaire réalisé dans le cadre du Collectif national du 29 mai et des collectifs locaux issus de la campagne du « non » de gauche au traité constitutionnel européen. Ils entendent contribuer au succès des initiatives de résistance aux politiques libérales en France et en Europe organisées sur le terrain, et de la réunion nationale des collectifs, les 3 et 4 décembre, ainsi que des assises prévues pour mars 2006.

    La LCR et le PCF ont confronté leurs points de vue respectifs à propos du nécessaire débat sur le contenu d’une alternative aux logiques capitalistes libérales. Le PCF entend contribuer à un processus populaire d’élaboration du contenu du programme politique d’une telle alternative. Il a, à ce propos, exposé sa conception des forums et d’un premier rendez-vous national le 26 novembre - initiatives qu’il propose d’organiser avec les forces ou collectifs qui le souhaitent. La LCR, tout en réaffirmant le cadre privilégié que constituent à ses yeux les collectifs unitaires pour mener le débat, a indiqué qu’elle répondrait positivement à l’invitation du PCF à participer à l’initiative nationale du 26 novembre. Les deux partis ont, en outre, convenu de mettre en place des groupes de travail en vue d’organiser entre eux un échange public sur les propositions essentielles d’une alternative antilibérale.

    Ben voilà, pour autant que ni le démocratisme radical, ni l’idéal démocratique ne soient des ennemis tant qu’ils ne sont pas perçus et investis (en critique pratique, en "théorique", autrement qu’en avatars hérités d’une ultra-gauche se prenant les pieds dans le négationnisme), à travers la contradiction essentielle de l’exploitation, ne pas s’y confronter en pratique, cad politiquement, c’est évacuer la dimension positive dont est porteur le démocratisme radical, cad incontournablement sa réalité de lutte de classe bien qu’aliénée, particulièrement en France dans l’héritage culturel de la Révolution française (Lumières > philosophie politique bourgeoise > Etat/capitalisme > Bolchévisme-Front pop-Résistance-Pg commun de la gauche-Alternative radicale)

    Balancer la critique anti-humaniste-théorique sans édifier les masses des lecteurs de Meetiing sur les ânerie d’Althusser et de ses spinozo-héritiers, c’est se tirer une balle dans le pied quant à l’essence historiquement bourgeoise de la démocratie française jusqu’au bout.

    Ben revoilà : yen a marre d’être cocu des forts en gueuze, et c’est pour ça qu’il faut l’ouvrir, contre le démocratisme radical, justement parce qu’il n’est pas un « ennemi ».

    patlotch

    • > Démocratisme radical sans racine 22 octobre 2005 12:15, par stéphane

      Les pré-supposés de ROLAND SIMON à propos la Révolution qui lui permirent de critiquer radicalement les organisations alternatives d’extrême- gauche sont elles toujours exactes. Je n’ignore pas qu ‘elles préfigurent dans les fondements même de MEETING, le cycle de lutte, le prolétariat qui devrait se nier en tant que classe pour être le vecteur d’une révolution totale.

    • > Démocratisme radical sans racine 28 octobre 2005 18:53

      Le concept de démocratisme radical prend les choses à la racine, à la racine de la ...démocratie. En lui même le démocratisme radical est radical en ce qu’il ne se laisse pas aller à de faux semblants démocratiques à des illusions de la démocratie sur elle-même à des accomodements avec sa racine : l’individu isolé en société. Le démocratisme radical va à la racine de la démocratie en ce qu’il commence par la société come possibilité d’existence de l’individu, ne l’oublie jamais et n’a qu’elle pour horizon. R.S.

      • > Démocratisme radical sans racine 30 octobre 2005 13:25, par Patlotch

        Le démocratisme radical va à la racine de la démocratie en ce qu’il commence par la société come possibilité d’existence de l’individu, ne l’oublie jamais et n’a qu’elle pour horizon

        Oui, dans le concept de "démocratisme radical", ’radical’ se rapporte à la démocratie, et c’est pourquoi il ne rencontre pas le capital dans son essence, à sa racine, l’exploitation. Ce qui est frappant, c’est l’absence d’une critique conséquente de l’économie politique : il n’y a pas de conception dialectique des rapports Capital-Etat-"Société civile". Les livres de Rancière (’Au bord du politique’, Folio, 1998) avec son opposition de "la police" (le gouvernement) et de "l’égalité" comme pré-supposition pour l’"émancipation" ; d’Alain Bertho ("Contre l’Etat, la politique" 1999, "L’Etat de guerre", La dispute, 2003) ; de Miguel Abensour ("La démocratie contre l’Etat / Marx et le moment machiavélien", 2004)... ces livres ont été écrits comme si Marx n’avait jamais écrit Le Capital, ou même l’Idéologie allemande. Abensour le dit explicitement :

        « Pourquoi inscrire alors l’auteur du Capital dans le sillage La Boétie ? S’il est un phénomène inconcevable pour Marx, c’est bien celui de la servitude volontaire. Par rapport à l’alternative interprétative que nous avons décrite en proposant une autre hypothèse de lecture, nul doute qu’à partir de 1844-1845, c’est le versant "épistémologique" qui l’a emporté et que la critique de la politique, au lieu de rester dans la voie de l’intelligence du politique [sic], s’est orientée vers le substrat économique par la médiation de la société civile » (Abensour, La démocratie contre l’Etat, Chap. Vraie démocratie et modernité, Le félin, p.136)

        Tout se passe comme si le gauchisme anticapitaliste de la gauche "alternative radicale" ne rencontrait le capital qu’à travers ses formes politiques ou ses conséquences sociales, mais jamais dans l’essence du capitalisme... à la racine. Tout se passe comme si leur "communisme" se proposait de renverser non pas le capitalisme, mais le stalinisme, en tant que capitalisme d’Etat, d’où les retrouvailles post-bolcho-trotsko-anarcho... sur la base d’une critique pré-marxienne de la politique, ou du moins référée au jeune Marx ’démocrate bourgeois’ contre l’absolutisme. C’est toujours le même bâton (du ’programmatisme’) qu’ils tordent dans l’autre sens, mais en ayant perdu, ou jamais trouvé, un bout : le communisme comme abolition du capital... à la racine)

        Les pré-supposés de ROLAND SIMON à propos la Révolution qui lui permirent de critiquer radicalement les organisations alternatives d’extrême- gauche sont elles toujours exactes. Je n’ignore pas qu ‘elles préfigurent dans les fondements même de MEETING, le cycle de lutte, le prolétariat qui devrait se nier en tant que classe pour être le vecteur d’une révolution totale

        Sur le seul dernier point (le prolétariat qui devrait se nier en tant que classe pour être le vecteur d’une révolution totale) : il faut considérer ce ’pré-supposé’, parmi d’autres, comme définitoire du processus révolutionnaire : définitoire par définition. Sans cela, il demeure affirmation du prolétariat (étatiste, auto-gestionnaire, autonome ou auto-organisé), et l’on ne sort pas de la société de classe. Ce n’est pas une tautologie, mais la condition de l’abolition : la transition communiste pensée comme abolition, avec mesures communisatrices, et non comme préparation démocratique au sein de rapports sociaux capitalistes préservés, étapiste (socialisme de marché à la Bidet) ou gradualiste (le communisme commence maintenant). La question difficile, pour moi, c’est comment, pour ce faire, le prolétariat se constitue alors en classe de l’abolition du capital et de son auto-abolition ?

        Ce qu’on constate, c’est qu’effectivement les "organisations alternative d’extrême-gauche" ont fait évoluer leurs discours pour passer de la période du ’programmatisme’ (affirmation du prolétariat et de son ’parti’) à la batterie de notions du "démocratisme radical" qui évacuent la critique de l’économie politique (sauf à la situer dans la partie visible de l’iceberg, les marchés, la marchandise, l’ultra-libéralisme... et ses modalités politiques de domination, d’oppression, c’est-à-dire ce qui est perçu comme excès du capital, à quoi l’on oppose ’la démocratie jusqu’au bout’).

        Patlotch, 30 octobre

        • > Démocratisme radical sans racine 4 novembre 2005 18:41, par jef

          impossible de converger davantage avec Patlotch sur la plupart des points soulevés ici. j’ai rencontré Abensour il y a deux semaines et il rabâche effectivement son communalisme/conseillisme sans jamais éprouver le besoin de mentionner le communisme : il me dit "ah non, l’égalité n’est pas consubstantielle à la démocratie insurgente". c’est dire à quel point de régression on en est : la vérité du vieux marx c’est le jeune, au lieu d’être l’inverse. tout se passe comme si le capital était en deçà des manuscrits de jeunesse. c’est inouÏ. quant à l’étapisme/gradualisme/programmatisme, difficile de distinguer de ton transitionnisme communiste, si tant est qu’on parle de "mesures" communisatrices. non seulement je vois mal que ces mesures s’accomplissent autrement qu’en déroulant un programme de émontage de la société, fût-il succinct, mais aussi, je défends contre tout submersionnisme (on dira qu’il s’assimimle à l’étapisme ?) que le point d’orgue de la révolution, qu’on confond souvent avec la lente propagation au moins virtuelle de cette dernière, avec son devenir-virtualité de masse, bref, le passage à l’acte évenementiel ou décisionniste-de-masse ne peut passer QUE par le désarmement de l’Etat, c’est-à-dire par son investissement neutralisateur : encore une fois, marchons sur des oeufs, non pas prise du pouvoir, mais investissement de l’appareil en vue de l’empêcher (autant que possible) de continuer de nuire : démontage. cette tétanisation minutieuse du monstre se confond avec les mesures communisatrices ou encourage ces dernières, dans un véritable suicide réglé, au point de précéder l’insurrection générale. l’inversion de la séquence, c’est le bain de sang de la défaite. on va me dire que la révolution espagnole a été battue ainsi - mais non : non pas tant parce que l’investissement de l’Etat a précédé l’affrontement décisif que parce qu’il n’a pas été investi par des forces unaninement révolutionnaires : l’Etat suicidaire a ouvert les arsenaux, MAIS a ensuite repris la bride pour suicider la révolution. j’ignore forcément la plus grande part de ce qui passe au Vénézuéla, mais je n’ai jamais supporté le mépris évident avec lequel on a parfois traité le phénomène Chavez ici me^me, en parfaite méconnaissance de cause, a priori, et en vertu d’un résidu de pulsion sectatrice héritée de l’ultragauche jadis, selon laquelle la révolution naît comme Athéna tout armée des notions communistes upgradées ou n’est pas, c’est-à-dire est contrerévolution. Evidemment, la dialectique révolution-contrerévolution à la RS est beaucoup plus subtile que cela, il faudrait en reparler.

        • > Démocratisme radical sans racine 7 novembre 2005 16:44, par jef

          j’oubliais "le prolétariat se constitue en classe de son abolition" mais la classe n’apparaît comme sujet qu’au moment de sa suppression ; autrement, elle est pure sérialit^é à la Sartre, dispersion, détermination extérieure. la classe se manifeste organiquement non seulement comme sujet abolissant la classe sérielle, mais se révèle comme phénomène transclasses. dire que seul le prolétariat productif (pour ne pas parler du chômeur) abolit le capital, c’est faire du probabilisme sans plus, il n’y a aucune nécessité à cela, sauf à prouver que le prolétariat producitf est plus enclin au ratage reproductif, ce qui est loin d’e^tre fait, et personne ne va me faire croire ici ni aujourd’hui que la classe ouvrière d’usine est le moteur nécessaire de la révolution, sinon jen’ai plus qu’à m’inscrire chez LO et aller distribuer des tracts aux grilles d’usine où il ne se passe rien (je n’ai pas dit qu’il ne se passait rien aux grilles d’usine en général), plutôt que de voir dans les banlieues sous-prolétariennes le réservoir probable du nouvel effet de sujet. Outre que sur base de ce critère (sujet = prolétariat productif), seul le tiers-monde est capable de voir venir la révolution, ce qui est de fait, disons-le, plausible à vue de nez : mais il faut une preuve théorique. elle tient dans ce que la cadrisation du prolétariat fait que celui-ci investit l’indécence absolue du mode de vie moderne d’un sérieux suprême, à la différence de ceux qui n’ont rien à perdre ou de ceux qui ont tout à perdre, parce que leur vie ne tient à rien qu’au néant de la domination. rien n’est plus sérieux que l’indécence pour ceux à qui on fait miroiter ou me^me permet l’ascension sociale. mais encore une fois, mai 68 naît (je n’ai pas dit : se nourrit exclusivement) du mouvement étudiant. les conditions du ratage reproductif au sein du secteur étudiant sont bien évidemment en passe d’être liquidés définitivement. qui, qeul secteur est dès lors le plus producteur d’intellectualité gratuite, a-fonctionnelle et éventuellement dysfonctionnelle ? c’est ce qui est difficile à dire, quand ce que dit un beur des cités à la radio est plus intelligent que tout ce que n’importe quel cénacle d’universitaires dégénérés serait capable d’ânonner au cours d’une carrière entière.

          • > Théoricisme sans racine 8 novembre 2005 06:03

            De belles théories mes amis (puisqu’il n’y pas de femmes on ne féminisera pas) mais qu’avez-vous à dire plus concrètement des émeutes en France ? Pas assez théoriques peut-être, trop concret ?

            • > Théoricisme sans racine 12 novembre 2005 14:51, par jef

              j’allais y venir (ou pas ?) camaradE je suis aussi atterré que toi de constater que les émeutes en question suscitent un commentaire ZERO sur le site de la révolution le plus important du monde. et pour cause. il n’y a pas communisation quand on fait flamber des carcasses roulantes. ce ne sont pas des prolos qui plus est, juste du lumpen, improductif. à part ça, "le communisme est le procès de destruction du capital", il forge son contenu en se développant, en forçant le passage de la lutte de classe à la communisation comme déclassement généralisé. à part ça, le capital c’est de la camelote. on peut faire flamber des usines : et des bagnoles ? ce ne sont pas là moyens de production ? non effectivement, etc etc

              • > Théoricisme sans racine 13 novembre 2005 19:22, par Pépé

                Par rapport aux deux messages précédent, en passant rapidement sur le ton méprisant, provoc, anti théorique qui n’a aucun intérêt même polémique, quelques réponses sur les révoltes dites "des banlieues".

                Quand on voit, à la télé, un de ces jeunes prolétaires dire, devant les restes fumants d’une usine : « cette entreprise est venue en zone franche pour se gaver de subventions. Elle devait nous embaucher. Pas un seul jeune de la cité n’a pu y rentrer donc on l’a cramée et plus personne n’y rentrera. On a fait 20 chômeurs mais nous, ça fait 20 ans qu’on est chômeurs…. » Cela vaut dix heures d’analyses de journalistes, syndicalistes, gestionnaires politiques et militants qui se succèdent au micro pour éteindre l’incendie.

                Qu’il le formalise ou pas dans ces termes, il signifie clairement, théoriquement, la révolte légitime de cette partie du prolétariat « ethnicisé », « ghettoisée », « racisée », « stigmatisée » de ne pas avoir trouvé à être exploitée. Brûler une école, c’est avoir compris que l’école n’a jamais été et ne sera jamais pour eux et que les discours sur l’ascenseur social et l’égalité des chances sont des concepts méprisants des gestionnaires de ce monde a destination des pauvres quand ils refusent de jouer le jeu.

                Dire cela c’est refuser le mépris à l’encontre des prolétaires qui exigent que ce monde les nourrisse au moins, chez Nestlé comme dans les banlieues, à la RTM comme dans les combats de rue…

                C’est aussi refuser de voir dans les commandos furtifs des nuits agitées d’explosions la préfiguration de l’embrasement à venir. Avoir une cagoule, une casquette ou une batte de base ball n’est, sur le fond, ni plus ni moins radical que de voler un bateau de la SNCM ou empêcher les bus de sortir des dépôts.

                Et cela manifeste la limite de la lutte des classes aujourd’hui : avoir comme seule perspective un Capital cadré, bridé, contrôlé par la société civile et qui assurerait proprement l’exploitation de tous dans un « autre monde possible » qui ne serait jamais que l’utopie d’un capitalisme sans son anarchie.

                Dans un monde où l’au delà du Capital a disparu, dans lequel la Révolution ne serait plus à l’ordre du jour, le jeune prolétaire abandonné de tous, l’ouvrier argentin qui relance sa boite désertée par les patrons, le jeune palestiniens qui lance des pierres se battent pour que le système capitaliste les fasse bouffer. C’est légitime et c’est une bien triste perspective.

                Quand on ne peut plus faire partie de ce grand programme de prolétariat qui devait s’emparer de la société dont il était devenu l’âme, la seule perspective du combat c’est de devenir….prolétaire !!!! Pépé Marseille

                • > Théoricisme sans racine 14 novembre 2005 12:35, par jef

                  je vois que le second degré passe mal à l’écrit pépé. je ne voulais rien dire d’autre que ce que tu dis enfin.

                • > Théoricisme sans racine 14 novembre 2005 23:49, par Patlotch

                  Merci à Pépé pour cette clarification, mais il est vrai que je n’avais pas interprété comme lui l’intervention de Jef (toujours simple Jef ;-)

                  Quelques réactions perso... Qui veut "défendre la société" ? etc.

                  Patlotch, 14 novembre

              • > Pas de prolo ? 13 novembre 2005 21:21

                Voila donc le degré zero de l’analyse...Il faut peut-être que tu viennes faire un tour en Banlieu.... Pas de prolo... ? Et les emeutes de Watts ? pas de prolos ? pêut-être préfères tu ton emeute "révée et propre" et pure.... sur ce site.....vient donc chez "nous" subir les controles systématiques et quotidien de la flicailles ....

                Sami le prolétaire en puissance (Celui qui nourri l’armée de reserve)

                • > Pas de prolo ? 15 novembre 2005 10:57, par jef

                  mon ironie déplacée contre l’absence de débat sur la question a au moins le mérite de faire sortir le loup du bois

                  c’était du SECOND DEGRé, Sami, comme je le précisais hier - mais grâce aux délices de la modération, ton message antérieur au mien est publié après - mais tu ne pouvais évidemment pas anticiper.

                  • > sorry ! 15 novembre 2005 14:39

                    Sorry ! Ok profitons donc de cela pour nous clarifier... Sami

                    • > sorry ! 17 novembre 2005 17:27

                      pas de quoi clarifions clarifions tant et plus !

          • > Démocratisme radical sans racine 9 novembre 2005 21:51, par stéphane

            La dictature du prolétariat n’était qu’une dictature contre le prolétariat et Trosky a réprimé un assaut prolétarien important à Constradt, avant fusiller les anarchistes et les déserteurs. La démocratie n’est pas mon idéal, elle trouve sa forme ontologique dans le déni des prolétaires de s’exprimer sur leur propre sort.

            • > Démocratisme radical sans racine 14 novembre 2005 23:22, par Bernard Lyon

              Les dites « émeute » de jeunes de banlieues sont les lutte de classes des jeunes prolétaires racisés les « JPR » Depuis les années 70 une politique délibérée et systématique a « racisé » le prolétariat scindé en immigrés et français d’abord, puis en "communautés » ensuite. On a ainsi d’une part des racistes et des racisés d’autre part, cela fait partie de l’effondrement de l’identité ouvrière avec la fin de toutes les catégories de reproduction des classes du « fordisme ». Les luttes des JPR sont violentes, mais très auto-controlées et leur violence est finalement surtout symbolique (combien de voitures brûlées hier soir ?). Sont-elles subversives ou suicidaires ? Non, à l’évidence ce sont des luttes défensives et revendicatives spécifiques à ces prolétaires : Elles sont défensives tout simplement parce que la police harcèle sans ces les "JPR" et de temps en temps certains en meurent, comme les deux qui viennent d’être électrocutés pour s’être réfugiés dans un transformateur pour échapper à la police qui les coursait, Elles sont revendicatives, car elles exigent une reconnaissance de travailleurs véritables qu’ils sont, même s’ils le sont de la manière la plus moderne, la plus précaire, la plus flexible, la plus dévalorisée, c’est qu’ils’appellent revendiquer le respect. Ils revendiquent aussi tout simplement du salaire, du salaire socialisé sous la forme d’ aides tel le RMI, dont des tas d’allocataires sont radiés actuellement, de stages rémunérés, et d’embauches véritables, sous la forme de service publics normaux comme l’école dont tous savent parfaitement qu’il n’ont eu droit qu’à celle qui les formatait pour les boulots de merde payés des miettes, comme une police qui les considèrait comme des citoyens lambda, qui donc me serait plus une police de racisation. Ils revendiquent des quartiers et des habitations normaux, c’est-à-dire non- ghettoïsés et donc non racisés. L’usage d’une certaine violence pour exprimer ces revendications n’est au fond pas si exceptionnelle que ça, les paysans la pratiquent couramment, et il est évident pour tout le monde que ce ne sont absolument pas des « émeutes raciales », mais bien des mouvements contre la politique raciste d’Etat, mouvements qui ne mettent jamais en avant une quelconque identité « indigène » (cf à l’inverse le tract « Les indigènes de la république » qui met en avant une couche arriviste, qui appelle à une discrimination positive pour rafler des places au soleil) Les seuls représentants qu’on puisse leur attribuer ce sont les élus locaux (et de ce point de vue Sarkozy se permet un joli pied de nez à la gauche en reprennent « à titre personnel » le projet de droit de vote aux élections locales pour les résidents non-européens) et on ne peut pas dire que ces « politiques »,- comme avec la demande du maire se St Denis Braouazec d’un « Grenelle des quartiers populaires »-, réduiraient ou détourneraient une révolte radicale en avançant les demandes que j’ai énumérées. Le grand problème des politiciens – et avant out de la gauche démocrate-radicale- c’est qu’en vérité qu’il n’y a pas de représentation ni partidaire ni syndicale, ni même associative de ces prolétaires. Les JPR se trouvent face au capital dans une situation de total dénuement politico - social , que la présence de Azouz Begag au gouvernement dans le rôle de l’arabe de service non seulement ne modifie en rien mais au contraire souligne cruellement. Ce dénuement est la situation de sans-réserve, de prolétaires portée au paroxysme, c’est contre ce dénuement que les JPR se bagarrent avec beaucoup de discernement, utilisant très adroitement la caisse de résonance télévisuelle et leur mouvement leur faire a déjà fait obtenir quelques rasades de stages et le rétablissement des crédits supprimés ces dernières annèes , (il ne faut pas oublier que ces association salarient pas mal de jeunes de ces quartiers pour encadrer ces même jeunes). Le mouvement des chômeurs en 1998 avait entraîné la reconnaissance de la représentativité des associations MNC, CGT-chômeurs, Ac, Probablement verra-t-on la tentative de faire naître une représentation moins artificielle qu’SOS racisme , ou le Mrap. Cette lutte est défensive et revendicative, cela signifie-t-il qu’elle est réductible à n’importe qu’elle lutte de salariés ou même de chômeurs ? Je ne pense pas car sans lui accorder une radicalité fondée sur son affrontement (limité et contrôlé des deux côtés) avec l’Etat et à ses attaques des installations emblématiques (comme les écoles et de certaines entreprises de zones franches bénéficiant d’avantages fiscaux pour les embaucher et qui ne le font pas) il est clair que la luttes des JPR les opposent à leur condition même, qui est symboliquement la condition prolétarienne même Cette lutte ne peut pas l’abolir la condition de JPR, et donc elle ne peut qu’en revendiquer une impossible normalisation, c’est l’impossibilité de cette normalisation qui peut faire accorder à cette lutte une portée dépassant la lutte pour la reproduction. Accorder cette portée à la lutte actuelle des jeunes prols de banlieue, serait étrangement dire qu’ils sont dans une lutte qui mettrait le capital en cause alors qu’il y a pas le moindre emparement, la moindre expropriation d’une fraction de capital, ce serait accorder à la forme illégale et relativement violente un valeur qui en elle-même ne contredit nullement le caractère revendicatif de classe de cette lutte. Ce n’est pas parce que cette lutte ne serait pas « subversive » qu’elle serait sans intérêt, cette lutte au contraire est en phase avec toutes les luttes de classes actuelles, elle bute sur la même limite, un capital qui se reproduisant face à elle ne cherche tendanciellement plus à reproduire le prolétariat, et auquel c’est sa reproduction immédiate que le prolétariat doit imposer.

              • Suite sur les "émeutes" 17 novembre 2005 18:51, par B.L.

                Il est évident que le caractère défensif et revendicatif de la lutte des jeunes des banlieues ghéttoïsées, que leur demande de reconnaîssance sociale ne sont en aucune façon d’une affirmation ni une constitution d’une autonomie de classe. Les petits groupes d’amis, qui se sont affrontés à la police ou ont détruits voitures et équipements, étaient réunis par l’écho médiatique de leur propre mouvement, c’est à dire par le capital auquel ils s’affrontaient. Ces mouvements, comme d’autres plus clairement ouvriers antérieurs qui avaient été qualifiés de "suicidaires", manifestent ce que l’on appelle "l’écart" dans les textes de RS, c’est à dire une action de classe qui ne se réclame pas de la classe et qui même s’en distancie, dans et par leur affrontement direct à l’Etat du capital. L’incapacité des syndicats de faire autre chose que d’émettre des critiques contre la politique libérale tout en "condammant la violence" confirme cet écart, cette revendication d’être exploité, tout en refusant la condition réelle. C’est cela, lié à la forme spectaculairement et très symboliquement "violente", qui fait tout l’attrait romantique de cette lutte. Cet écart sans être subvertion est la marque spécifique de la lutte de classe, qui existe comme production historique à terme du dépassement, comme production contre le capital de la situation révolutionnaire ou commencera la communisation, situation dans laquelle les prolétaire se transformeront en individus immédiatement sociaux, la socialité de groupe de ceux qui se bagarrent dans l’écart en est une lointaine préfiguration.

              • Suite sur "les émeutes"... 19 novembre 2005 14:44, par Patlotch

                Comme toujours, je me sens scotché et baba devant la haute densité théorique des interventions de BL, ceci dit sans ironie. Je tente toutefois quelques remarques.

                Les dites « émeutes » de jeunes de banlieues sont les lutte de classes des jeunes prolétaires racisés les « JPR » Depuis les années 70 une politique délibérée et systématique a « racisé » le prolétariat scindé en immigrés et français d’abord, puis en "communautés » ensuite. On a ainsi d’une part des racistes et des racisés d’autre part, cela fait partie de l’effondrement de l’identité ouvrière avec la fin de toutes les catégories de reproduction des classes du « fordisme ».

                Si j’ai qualifié les ’événements’ d’émeutes prolétariennes (> 7 nov), c’est parce qu’il me paraissait important de ramener leurs auteurs dans une approche du prolétariat tendant à être défini par le précariat (thèse de Théorie communiste), et de répondre aux idioties d’extrême-gauche sur ce "lumpen" dont il faudrait se tenir à distance (débats à la LCR et LO en particulier). Je retiens la notion de ’racisés’ , qui me paraît juste et féconde pour sortir des indigèneries sans dénier la dimension propre au post-colonialisme français, et retenir la fonction et les déterminations spécifiques du racisme dans le capitalisme contemporain.

                Les luttes des JPR sont violentes, mais très auto-controlées et leur violence est finalement surtout symbolique (combien de voitures brûlées hier soir ?). Sont-elles subversives ou suicidaires ? Non, à l’évidence ce sont des luttes défensives et revendicatives spécifiques à ces prolétaires : Elles sont défensives tout simplement parce que la police harcèle sans ces les "JPR" et de temps en temps certains en meurent, comme les deux qui viennent d’être électrocutés pour s’être réfugiés dans un transformateur pour échapper à la police qui les coursait. Elles sont revendicatives, car elles exigent une reconnaissance de travailleurs véritables qu’ils sont, même s’ils le sont de la manière la plus moderne, la plus précaire, la plus flexible, la plus dévalorisée, c’est qu’ils appellent revendiquer le respect. Ils revendiquent aussi tout simplement du salaire, du salaire socialisé sous la forme d’ aides tel le RMI, dont des tas d’allocataires sont radiés actuellement, de stages rémunérés, et d’embauches véritables, sous la forme de service publics normaux comme l’école dont tous savent parfaitement qu’il n’ont eu droit qu’à celle qui les formatait pour les boulots de merde payés des miettes, comme une police qui les considèrait comme des citoyens lambda, qui donc me serait plus une police de racisation. Ils revendiquent des quartiers et des habitations normaux, c’est-à-dire non- ghettoïsés et donc non racisés.

                Cette interprétation me séduit et me pose malgré tout un problème :

                - sur la caractérisation de ces luttes comme ’défensives’ : elles tendent fichtrement à être une initiative offensive qui ne prétend pas, du moins subjectivement, défendre grand chose. C’est d’ailleurs en cela, entre autres, qu’elles se montrent aux limites et peuvent éventuellement alimenter la conceptualisation de l’écart.

                - sur leur caractérisation comme ’revendicatives’ : même remarque. Sans doute BL connaît-il mieux que moi les auteurs de ces ’troubles à l’ordre public’, mais sauf une fois ’calmés’, dûment interviewés pour ceux à qui la question fut posée et qui y répondirent dans ces conditions aussi pour se justifier, je n’ai pas entendu aussi clairement ces revendications. Il ne faut tout de même pas confondre ce qui leur a été accordé comme miettes et ce qu’ils demanderaient eux. Je préfère à tout prendre comprendre qu’ils ne demandent rien, et c’est en quoi je vois aussi la positivité de leur (auto)-destruction dans le cadre actuel. Cf, Baudrillard, sur ce point précis (Libération, Nique ta mère ! ) :

                La culture occidentale ne se maintient que du désir du reste du monde d’y accéder. Quand apparaît le moindre signe de refus, le moindre retrait de désir, non seulement elle perd toute supériorité, mais elle perd toute séduction à ses propres yeux. Or, c’est précisément tout ce qu’elle a à offrir de « mieux », les voitures, les écoles, les centres commerciaux, qui sont incendiés et mis à sac. Les maternelles ! Justement tout ce par quoi on aimerait les intégrer, les materner !... « Nique ta mère », c’est au fond leur slogan. Et plus on tentera de les materner, plus ils niqueront leur mère. Nous ferions bien de revoir notre psychologie humanitaire.

                En résumé, poser de façon réductrice ces luttes comme ’défensives’ et ’revendicatives’ me semble d’autant plus délicat et sollicité, quand il s’agit plus bas de les interpréter selon la thèse de l’écart. Mais c’est peut-être moi qui me prend les pieds dans la dialectique.

                L’usage d’une certaine violence pour exprimer ces revendications n’est au fond pas si exceptionnelle que ça, les paysans la pratiquent couramment

                Je crois qu’il est effectivement important de mettre les choses au clair concernant la violence, et l’instrumentalisation quasi consensuelle de celle-ci en particulier par toute la classe politique, à la différence d’autres qui semblent davantage relever de luttes revendicatives, dont BL donne des exemples.

                Les seuls représentants qu’on puisse leur attribuer ce sont les élus locaux // et on ne peut pas dire que ces « politiques »,- comme avec la demande du maire se St Denis Braouazec d’un « Grenelle des quartiers populaires »-, réduiraient ou détourneraient une révolte radicale en avançant les demandes que j’ai énumérées.

                Même remarque : je préfère penser les ’émeutiers’ comme représentant la colère du prolétariat spécifique dont ils sont issus que les élus comme portant leur demandes les plus sages. En quoi les élus ne sont leurs représentants qu’à la condition de leur ’attribuer’, ce que fait BL un peu rapidement à mon avis.

                Cette lutte est défensive et revendicative, cela signifie-t-il qu’elle est réductible à n’importe quelle lutte de salariés ou même de chômeurs ? Je ne pense pas car sans lui accorder une radicalité fondée sur son affrontement (limité et contrôlé des deux côtés) avec l’Etat et à ses attaques des installations emblématiques (comme les écoles et de certaines entreprises de zones franches bénéficiant d’avantages fiscaux pour les embaucher et qui ne le font pas) il est clair que la luttes des JPR les opposent à leur condition même, qui est symboliquement la condition prolétarienne même Cette lutte ne peut pas l’abolir la condition de JPR, et donc elle ne peut qu’en revendiquer une impossible normalisation, c’est l’impossibilité de cette normalisation qui peut faire accorder à cette lutte une portée dépassant la lutte pour la reproduction. Accorder cette portée à la lutte actuelle des jeunes prols de banlieue, serait étrangement dire qu’ils sont dans une lutte qui mettrait le capital en cause alors qu’il y a pas le moindre emparement, la moindre expropriation d’une fraction de capital, ce serait accorder à la forme illégale et relativement violente un valeur qui en elle-même ne contredit nullement le caractère revendicatif de classe de cette lutte. Ce n’est pas parce que cette lutte ne serait pas « subversive » qu’elle serait sans intérêt, cette lutte au contraire est en phase avec toutes les luttes de classes actuelles, elle bute sur la même limite, un capital qui se reproduisant face à elle ne cherche tendanciellement plus à reproduire le prolétariat, et auquel c’est sa reproduction immédiate que le prolétariat doit imposer.

                Le raisonnement général me convient mais comme je l’ai dit plus haut, je saisis mal ce qui le permet avec cette caractérisation réductrice à mon sens de "luttes défensives et revendicatives".. S’il n’y a pas "emparement", ce qui traduit effectivement une absence de contenu révolutionnaire (ou communisateur), il y a bel et bien destruction, ce qui ne peut pas nous laisser indifférents, car ce n’est pas sans intérêt quant aux suites, et particulièrement par le côté fulgurant de la violence , son rôle dans ce type de situations et de celles qui s’annoncent, tout en notant ici, comme le souligne BL, son caractère ’autocontrôlé’ de part et d’autre. Pour ma part, je pense nécessaire de considérer froidement ce qu’ils brûlent comme des symboles du capital, qu’ils détruisent en actes. Qu’on le veuille ou non, ce sont des faits, et ils ne dépendent pas de l’interprétation théorique.

                Au bout du compte, cela ne donne sans doute pas une conclusion fondamentalement différente, mais dans la manière de construire théoriquement cet épisode des luttes de classes en France, avant de le glisser ou non dans la théorie de l’écart, nous avons je pense à intégrer davantage de dialectique dans le raisonnement.

                Patlotch, 20 novembre

                Voir en ligne : ?¿ ? ¿ ?¿ ? ¿ ?¿ ?¿ ?

                • > Suite sur "les émeutes"... 19 novembre 2005 21:53, par stéphane

                  La "violence" des jeunes dits de banlieues est curieusement classée dans la rubrique urbaine tandis que les sabotages durant les grèves dites suavages sont classés dans la rubrique fait social, deux façons de classifier une violence illégale ou de dévaloriser des actes légitimes ou non à travers le prisme des médias. nous n’espérions rien de la gauche institutionnelle d’association ou de parti et ses gérimiades sur les violences ne nous ont pas étonné outre mesure. Pour autant nous ne pouvons ignoré le caractère atomisant de ses évenements, le décompte des carcasses fumantes, des écoles calcinées et des gymnases en feu seraient une nouvelle forme d’action politique ? Nous ne serions pas si loin que ça de la délégation citoyenne, finalement.

                • > Suite sur "les émeutes"...Fond et forme 20 novembre 2005 20:20, par leniveleur

                  Juste quels mots en réponse à l’article de Patlotch, lui-même en réponse à BL

                  Je crois Patloch que tu focalise beaucoup sur la forme violente de ces évènements et leurs accorde malheureusement une signification que je ne partage pas, principalement ta vision d’y voir " l’écoart" Je serai plus du même avis que BL, une forme particulière de poser la lutte revendicative propre à ces jeunes prolétaires des banlieues, comme toi je ne suis pas allé sur le terrain pour discuter avec eux, seulement lu la presse et écouté la TV Mais que demande ceux qui ont accepté de répondre, du travail, d’être respecté, en gros d’être intégré au capital comme nous tous, pouvoir avoir une famille, une voiture, un appartement, chose que je comprend d’ailleur parfaitement mais point d’écart. A leur manière, ils ont frappés un peu fort à la porte du capital et comme le dit si bien BL ils bute sur la même limite, un capital qui se reproduisant, face à elle ne cherche tendanciellement plus à reproduire le prolétariat. Et c’est cette limite qui est porteuse d’avenir

                  • > Suite sur "les émeutes"...Fond et forme 21 novembre 2005 16:26, par jef

                    sur ce prétendu renoncement du capital à reproduire la classe : ça n’a jamais été son souci. au XIXe siècle, le chômage n’existait pas par malthusisme, les prolos sans boulot pourrissaient sur pied, point barre. quand il a été question du salaire social, du partage égal de la valeur ajoutée et tutti quanti (30 glorieuses), la reproduction de tout le prolétariat a été IMPOSé au capital, et seulement dans le NORD ou la métropole : ce n’est pas le ’choix’ de ce dernier. ce qui est sûr, c’est que la crise est vidée de son contenu du point de vue de la CEP, puisque le capital redresse le taux de profit depuis 25 ans, tout en croissant péniblement, mais le chômage de masse est là pour durer et s’étendre, voire faire l’objet, dans le sud, d’une nouvelle accumulation primitive : le prolo prélevé gratuitement (ou pas, mais la différence compte peu) comme réservoir d’organes. cela dit, je comprends l’enthousiasme de patlotch tout en approuvant la modération des BL et autres simoniens orthodoxes. la vérité (si vous me permettez) est que ce mouvement est profondément AMBIGU, qu’il ne saurait en être autrement : il est difficile pour ne pas dire vain de tracer une ligne de démarcation entre la crémation de la tire du voisin, de l’oncle, du frère, d’un côté, et celle du lycée, de la crèche etc. de l’autre. dans les deux cas, la destruction de capital (familial ou social) peut relever aussi bien de l’envie (exigence d’intégration) que du refus communisateur passant aussi inévitablement par cette autre et pourtant si semblable forme de violence qui consiste à entraîner nolens volens les secteurs limitrophes dans le sillage du mouvement propre de la communisation. impossible de cliver. la révolution tranche cette indécision et fait basculer l’indignation des envieux dans le camp du refus.

                  • > Suite sur "les émeutes"...Fond et forme 21 novembre 2005 23:38, par patlotch

                    Je crois Patloch que tu focalises beaucoup sur la forme violente de ces évènements et leurs accorde malheureusement une signification que je ne partage pas, principalement ta vision d’y voir " l’écart" Je serai plus du même avis que BL...

                    Concernant la violence, c’est je pense l’impression que donne mon intervention. Je précise d’ailleurs que je n’ai pas la télé et que je n’ai vu que qq photos, sans parler de l’hélico qui tournait la nuit dans mon coin, et de quelques rares cadavres de voitures dans le quartier. Les seules discussions sont venues par l’école, parce que les gosses en parlaient, que la police tourne bien plus que nécessaire etc.

                    Pour préciser ma pensée, ce qui m’a frappé plus exactement, c’est la fulgurance, l’extension rapide et la multiplication des foyers (qu’elle ait utiliser les médias n’y change rien), alors qu’il n’y a pas d’organisation, de mot d’ordre, et encore moins de "complot". J’avoue qu’effectivement, je trouve ce surgissement simultané intéressant au plan de la forme même s’il n’y a pas de caractère ici insurrectionnel. Après tout, on n’a pas d’exemple récent en France d’une telle traînée de poudre...

                    Concernant l’écart, je ne pense pas avoir passer l’événement sous ce concept, dont la pertinence me pose encore question. J’ai dit explicitement "avant de le glisser ou non dans la théorie de l’écart, nous avons je pense à intégrer davantage de dialectique dans le raisonnement". J’ai par contre bien cru lire de BL (17 novembre) que ces "émeutes" relevaient pour lui de « mouvements, comme d’autres plus clairement ouvriers antérieurs qui avaient été qualifiés de "suicidaires", [qui] manifestent ce que l’on appelle "l’écart" dans les textes de RS, c’est à dire une action de classe qui ne se réclame pas de la classe et qui même s’en distancie, dans et par leur affrontement direct à l’Etat du capital ».

                    Peut-être faut-il être moins univoque quant à un faisceau de significations enchevêtrées ?

                    Maintenant il y a sûrement à affiner la terminologie : je veux bien que "revendicatif" ait une valeur théorique, un "fond" qui ne corresponde pas à ce qui a été explicitement exprimé et à ce qu’on entend banalement par ’lutte revendicative’, mais j’ai plutôt perçu chez BL une sollicitation de l’événement pour ne lui faire dire qu’une partie de ce qu’il signifie, au risque de rater ce qu’il fait matériellement et comment. Un aspect est bien qu’ils n’ont pas de médiations sociales politiques, mais peut-on raisonner virtuellement en faisant comme s’ils en avaient une (dans ce cas ils revendiqueraient ceci et cela...) ou comme s’ils allaient en avoir une à la mesure de leur (dés)espoir ? On aura effectivement des tentatives de prises en charge politique, mais à mon avis, elle ne seront que très partiellement suivies, et ne porteront pas l’ensemble de ce qu’ils expriment, et moins encore des solutions. C’est bien en cela qu’il y a contradiction aux limites de l’intégration ou pas au capital, donc ’écart’. Non ?

                    En résumé, je ne pense pas qu’on puisse opposer mes remarques au fond de ce que dit BL.

                    Patlotch, 21 novembre

                    Pschtt : j’avais envoyé ça avant de voir le message de Jef. Si ça fait doublon, merci au webmestre de faire le ménage. Il s’agissait précisément de tempérer l’impression d’"enthousiasme" que pouvait donner ma raction à BL. Jef dit ’ambigu’, je disais éviter l’interprétation ’univoque’. L’écart, par définition, il sera toujours à moitié plein, à moitié vide, selon... jusqu’à...

                    • > Suite sur "les émeutes"...Fond et forme 22 novembre 2005 11:23, par jef

                      c’est vrai que la fulgurance du phénomène, son extension et sa durée son impressionnantes, les jeunes réinventent la solidarité de classe des dépossédés façon XIXe, le prolétariat du temps de marx : exigence d’intégration ou refus, ici, peu importe ; on peut faire le parallèle avec les grèves suicidaires des ouvriers, mais force est de constater le côté dérisoire, l’isolement lamentable de ces dernières en regard du mouvement des jeunes : à ce titre, il s’avère que la dépossession totale redevient la condition non seulement de la conscience de classe mais le principe du refus : nous sommes tous dans le même bateau parce que nous n’avons rien à perdre parce que nous avons été dépossédés et que nous le savons, nous nous en souvenons : il y a mémoire de l’avant, sans quoi le refus serait incompréhensible. la solidarité n’est possible qu’entre ceux qui précisément ne se laissent pas entièrement atomiser par les perspectives hiérarchiques et refusent d’abandonner ou de faire leur deuil de ce qui leur a déjà été enlevé. il s’avère que ce refus est plus facile pour ceux qui n’ont aucune perspective d’intégration que pour ceux qui ont un doigt de pied dans le château. il est possible que le refus n’exclue pas mais s’en nourrisse comme d’un moyen sans doute illusoire l’exigence d’intégration au capital, intégration qui, si elle s’avère jamais, hypothèse de toute façon ab absurdo, n’aura jamais révélé que la capacité à faire réparer l’humiliation d’un monde englouti, la force donc de ce qui est incompatible avec un monde d’indignité : le refuse. il ne s’agit pas de lutte pour la reconnaissance, ici, ce schéma à mon sens a toujours été inadéquat pour comprendre la dynamique des luttes, qui fonctionne au forçage sans reconnaissance.

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